La demande qui aurait pu être – 3ème partie
Après sa demande et les quelques minutes qui ont suivi pendant lesquelles nous étions tous les deux sur un petit nuage, nous avons passé le reste de la soirée comme nous l’avions démarrée : allongés devant la télé. A stresser. Enfin, surtout moi.
A un moment dans la nuit, les contractions sont devenues tellement fortes et fréquentes que je me suis résignée : ç’en était fini de ce bébé, il ne verrait jamais le jour. Et une drôle de tristesse calme s’est installée en moi. La petite voix à l’intérieur me disait qu’il fallait que je m’y fasse, que j’allais perdre ce bébé, et rajoutait un « encore » systématique à mes sursauts d’espoir (« je ne saigne pas… encore »).
Elle est débile cette voix des fois.
Parce que j’ai fini par m’endormir et le lendemain midi, j’en étais au même point. Contractions fréquentes et fortes, mais pas de saignements.
Nous sommes allé voir le gynéco qui a commencé par écouter le coeur du bébé. « Alors déjà, voilà un bébé qui va bien ! » a-t-il affirmé de sa grosse voix chaleureuse. Une grosse vague de soulagement est venue s’attaquer aux digues que j’avais érigées contre la tristesse et la peur. Et j’ai senti les larmes qui montaient. Il a fallu toute ma force pour ne pas pleurer devant ce médecin*. J’aurais dû être joyeuse, et pourtant je me sentais tellement mal !
Nous sommes sortis du cabinet et j’ai enfin pu pleurer dans les bras de M. Dentelle, qui était tout aussi soulagé que moi. Nous sommes repartis avec les conseils rassurants du gynéco qui pensait que mes contractions n’étaient pas dangereuses.**
Et on a repris une vie normale.
Sauf que quelque part au fond de moi, j’étais un peu déçue par cette demande en mariage. Elle ne ressemblait pas vraiment à celle de mes rêves de petite fille. Surtout que quelques jours plus tard, des amis proches se sont fiancés, eux aussi. A Venise. Et il n’a pas fait sa demande en caleçon, lui. Et elle n’était pas en pyjama, elle. Et ce n’était pas devant Ardisson.
Autant dire que j’étais bien jalouse. Et si j’écoutais bien, je me sentais même un peu en colère contre M. Dentelle de ne pas avoir attendu quelques jours pour faire ça bien. Et contre moi d’avoir flippé pour rien et de ne pas avoir su qu’en fait tout allait bien***.
Mais je rationalisais. Je me disais que j’avais pas pu deviner. Et que c’était déjà bien sympa de la part de M. D. d’avoir avalé sa déception. (Il avait prévu la soirée depuis plusieurs semaines. Pourtant, il ne m’a rien laissé entrevoir de sa grande déception quand on dû annuler, sentant bien que j’avais d’autres angoisses plus importantes.)
J’ai tenu quelques jours avec cette rancœur et j’ai fini par la lui avouer. Et comme souvent je me faisais une montagne de quelque chose pour rien. Il a tout à fait compris que je sois déçue. Il m’a expliqué qu’il n’avait pas pu attendre parce qu’il s’était dit que ce serait le jour de ses 30 ans ou jamais et qu’il avait peur que s’il ne le faisait pas là, il ne le ferait jamais. Mais qu’il trouvait normal que je sois déçue.
(Ouais, il est chouette comme ça.)
En y réfléchissant bien, je me suis rendue compte que cette demande en mariage très représentatif de notre relation. On fait de grands projets ensemble et parfois ils se réalisent, parfois non. Parfois les imprévus de la vie prennent le dessus et bouleversent tout. Et parfois c’est dur. Mais on est toujours là pour s’appuyer l’un sur l’autre, pour s’écouter et pour se consoler mutuellement quand la vie ne va pas comme on veut.
Ça me plaît comme relation de couple, ça.
Cette réalisation a complètement effacé ma déception. Aujourd’hui, quand je repense à cette soirée, c’est avec de la tendresse amusée et beaucoup d’émotion aussi, surtout quand je vois la jolie petite fille que nous avons fabriqué ensemble. Ça, c’est la vraie vie. Et c’est bien plus beau qu’une plage au coucher du soleil.
Et toi, elle s’est passée comme prévu, ta demande en mariage ?
* Rétrospectivement, je ne sais pas trop pourquoi je ne voulais pas pleurer devant ce gars qui a pourtant été particulièrement doux, gentil et compréhensif. Je crois que je n’avais pas envie qu’il pense que j’étais triste que le bébé aille bien ou qu’en fait je n’en voulais pas. Je ne voulais pas qu’il pense que j’étais une mauvaise mère, en somme…
** J’ai eu tout de même du mal à y croire, comme beaucoup de monde autour de moi, tellement avoir des contractions aussi fortes et fréquentes pendant une grossesse est censé être anormal, mais il s’avère qu’il avait raison : j’ai eu des contractions comme ça pendant la plupart de la grossesse et ma petite louloute est née à 3 jours du terme, tout à fait normalement.
*** Nous autres femmes on est pas censées « savoir » ce qui se passe en nous ? « Sentir » que tout va bien ? Je vois ça parfois dans les blogs de nanas : « je sentais que tout allait bien pour mon bébé » ou l’inverse « j’ai tout de suite su que quelque chose n’allait pas ». Je sais pas comment elles font, moi je ne suis jamais sûre de rien…
—
Pssst… T’as loupé une partie de la saga ?
- La demande en mariage – 1ère partie
- La demande en mariage – 2ème partie
- La demande en mariage – 3ème partie (c’est celle-là !)
Un article de Madame Dentelle
Rédactrice en chefDepuis mon mariage en 2010, je sais qu'un mariage réussi, c’est un état d’esprit. Préparer son mariage oui, angoisser non ! Aujourd'hui, j’aide les futures mariées à faire baisser la pression des préparatifs de mariage en publiant sur ce site conseils, outils et témoignages.
Pour me contacter : reda[email protected]
La demande qui aurait pu être – 1ère partie
La demande qui aurait pu être – 2ème partie
Moi, me marier ? Peut-être…
COMMENTAIRES
Je comprend; notre demande s’est faite dans le cadre d’un rapprochement de conjoint pour le boulot alors pour le romantisme , on repassera mais notre couple est basé sur autre chose: notre complicité et notre sens de l’humour à l’épreuve de la vie (elle ne manque pas d’imagination…)
Je profite de ta trève d’été pour te lire…
Et moi aussi, quelque part j’ai été un peu « décue »… une demande un peu précipitée, un peu stressée, moi passablement énervée, avec une vraie bague en toc de chez Claire’s parce que la vraie mienne est en retard (demande le 20 mai, bague commandée 1 mois avant… on est le 3 août, on a toujours rien…)…
en fait c’est bête, mais en plus, on avait déjà pas mal mis en branle l’organisation du mariage, donc c’était une vraie fausse demande…
Je crois que c’est la bague qui me manque le plus… j’arrive pas à avoir un truc matériel auquel me raccrocher pour dire « je vais me marier, c’est vrai’…
Voili !
Hé bien tu vois Mademoiselle Dentelle, moi je trouve ta demande en mariage tout à fait parfaite!!! J’avais le sourire aux lèvres en la lisant (et pourtant je suis au bureau)
C’est du mignon, de l’intime et du spontané, elle a l’air toute douche et c’est tout ce qui compte.
Parfois le trop-préparé, le trop-cliché (Sérieusement? Venise???), le trop stressé, c’est beaucoup de superficiel et ce n’est pas ce qui compte…
Ps: déso si je débarque 1 an après l’écriture, je suis nouvelle sur la wedding blogosphère!!
isa
@isa : Bienvenue à toi et merci pour tes gentils mots !
Coucou Anne,
Je me replonge dans tes archives et c’est avec beaucoup d’émotions que je lis ta demande
Je voudrais relever la super idée de M Dentelle : acheter la bague la moins chère de la bijouterie dans l’idée d’aller ensuite en choisir une qui te plairait à toi !!! Génialissime
A diffuser chez tous les hommes en instance de demande !! (vu qu’ils ne lisent pas les blogs, c’est pas gagné… mais bon, on essaye)
Moi je n’aurais pas aimé qu’on m’impose une bague. Mon chéri le sait et c’est pour ca qu’on fait faire une bague qu’on a pensé tous les deux.
Mais du coup, c’est vrai que lors de sa demande, il n’y avait pas de bague, et en y repensant , ca manque un peu parce que oui j’assume le coté princesse du prince charmant qui se met à genoux avec une bague pour faire sa demande
En même temps la demande doit-elle toujours être comme prévu?
Nous les filles on en attend toujours beaucoup…
Le mien m’a demandé au milieu du film qu’on regardait « quand est-ce qu’on se marie? » comme ça direct
Sur le coup émotion etc, et puis les heures suivantes je me suis sentie super triste, car comme beaucoup j’imaginais sans doute autre chose, malgré le fait que je savais pertinemment que la bague, le genou à terre et les surprises organisées c’est pas du tout le style de mon chéri (j’ai craqué pour son côté anti-conformiste, mais des fois je réalise que je reste une fille qui souhaite du rêve un peu quand même)
Le lendemain je lui ai fait comprendre comment je me sentais, un peu déboussolée, et le soir il m’attendait avec un bouquet de fleurs et me l’a demandé en français (je vis loin de la France, alors chéri est exotique et parle une autre langue oui oui)
C’est sans doute ça en fait, savoir rester fidèle à soi même tout en s’adaptant la personnalité de l’être aimé
Finalement c’est la plus belle déclaration qu’il m’ait faite, simple et authentique, c’est tout lui, le voir « me demander » en faisant des courbettes aurait été franchement tartignole (pour lui je dis hein, chaque couple son style)