Le mariage, deux ans après

A l’heure où je t’écris, Sir Givré et moi nous apprêtons à fêter notre deuxième anniversaire de mariage. Si, si, déjà ! Je me suis dit que c’était l’occasion idéale pour revenir sur Mademoiselle Dentelle faire une relecture de ce joli jour de décembre 2012 et de ce qui a changé dans ma notre vie ces deux dernières années.

bilan mariage 2 ans après

Crédits photo : Pauline Petit Photographie

Première nouvelle, le mariage ne change rien à ta vie, et il change tout à la fois. Si tu vis déjà avec ton fiancé, tu ne verras certainement pas de différence dans ton quotidien.

Et en même temps, ça a tout changé pour moi. J’y reviens plus tard.

Mes (infimes) regrets

Avec le recul, je regrette de ne pas avoir reçu plus de photos de notre photographe. Nous en avons une centaine, et quand je compare avec mes amies, je me dis que c’est peu. On en fait vite le tour, et j’ai l’impression d’avoir des trous dans la journée. La photographe a, par exemple, oublié de prendre des photos pendant le vin d’honneur. En même temps, je relativise : nous avons des photos de nos invités (de qualité médiocre, certes, mais ça fait aussi le charme d’une journée sous le signe de la convivialité et de la simplicité).

Concernant la journée en elle-même, je refuse de l’appeler la plus belle de ma vie. Parce que j’ai toute la vie devant moi et que je ne veux pas tomber dans le cliché de la nana qui a rêvé, fantasmé son mariage pendant des mois, et passe son temps à le revivre mentalement depuis. Il est vrai que j’y pense souvent. C’était une superbe journée, qui d’une certaine façon a changé ma vie, mais ce n’était pas « le plus beau jour de notre vie ». Si c’était à refaire, je ferais sûrement quelques choses différemment.

  • Je tendrais la main à ces personnes que nous avons décidé, il y a deux ans, de laisser de côté. Juste pour le geste, parce que le pardon est important dans ma vie.
  • Je ne passerais pas mes vacances à composer une playlist alors que nous n’avions aucune intention de danser à notre mariage. Et d’ailleurs, je n’essaierais pas de danser, à deux heures du matin, après quelques verres de vin, un peu beaucoup pompette. La danse a été un fiasco et je ressens un peu de honte quand je pense à comment je me suis donnée en spectacle, juste pour être soutenue physiquement par mon mari tout neuf parce que je n’ai pas l’habitude de boire et que je ne tenais pas le coup.
  • Je n’attendrais pas la dernière minute pour rédiger mes vœux, ou acheter l’alcool. C’était beaucoup de stress pour rien.
  • Je consacrerais beaucoup plus de temps à la préparation du mariage religieux. J’assisterais plus souvent au culte, je travaillerais sur moi, et je n’attendrais pas la dernière minute pour choisir les chants. Même si je suis consciente que je suis capable de dire ça justement parce que j’ai deux ans de recul, et que le mariage a été pour moi l’occasion d’une énorme remise en question sur le sujet.
  • Je ferais une véritable sortie d’église, juste pour le plaisir de voir mes cierges magiques allumés.

Deux ans après, je me souviens surtout des bons souvenirs

La matinée de préparatifs. Ces moments privilégiés que j’ai passés avec ma mère, ma sœur, et mon amie.

Le regard de mon fiancé quand je suis arrivée à la mairie.

Le moment du « oui ».

Le discours du premier adjoint qui nous a marié, cet homme à qui mon mari doit son emploi, cet homme qui a mis à l’honneur mon mari devant notre famille et nos amis, en parlant du travail exceptionnel qu’il effectuait au quotidien à la mairie.

Cette émotion incompréhensible qui m’a saisie au moment de la remise du livret de famille, à la mairie. Ce moment où j’ai compris que Sir Givré et moi, nous étions une famille, à présent. Pas seulement un homme et une femme qui s’aimaient et faisaient le choix de s’unir (qu’est ce que ça veut dire, d’ailleurs, s’unir ?), mais une famille. Une entité.

La séance photo sous la pluie, au château.

La cérémonie religieuse.

Notre soirée jeux avec nos proches.

Les regards, les sourires, les câlins, les photos, le repas, le bonheur. La sérénité.

Ce qui a changé depuis le mariage

Premier effet ô combien agaçant du mariage, les gens passent énormément de temps à scruter mon ventre, à commenter mes coups de fatigue, à s’interroger sur une éventuelle grossesse. Tout le monde y va de son commentaire, de sa question déplacée, de son regard complice.

Sir Givré et moi avons respectivement 29 et 28 ans, nous nous connaissons depuis plus de 12 ans et nous sommes mariés depuis 2 ans. Inutile de te dire que tout le monde attend le bébé Givré avec impatience.

Peu importe que nous ayons d’autres projets, c’est la suite lo-gi-que, alors tout un chacun y va de son petit pronostique. Je n’ai même pas le droit de prendre quelques kilos l’hiver, pour cause d’abus de raclette, sans que quelqu’un me pose une question… intrusive. À tel point que j’ai dit à Sir Givré, hier, que j’allais prier la prochaine personne qui m’en parlerait de « foutre la paix à mon utérus », et que j’allais me faire un plaisir de répliquer au prochain homme qui me poserait la question « alors, c’est pour quand le bébé ? », que je ne lui demandais pas à quelle fréquence il se vidait les c*uilles, merci de ne pas me demander ce que je faisais de mes ovules. Tu l’auras compris, ce sujet est sensible et particulièrement énervant pour moi.

Je te disais plus haut que le mariage n’avait rien changé, et tout changé à la fois pour moi. Bien sûr, si on parle du quotidien, Sir Givré et moi nous chamaillons toujours autant sur la chaussette qui traîne sur le sol du salon, ou la vaisselle qui n’a pas été faite, voire sur le nombre de fois où nous avons chacun nettoyé la litière des chats / vidé le poêle à pellets / sorti la poubelle. Je ne m’attendais pas non plus à ce que Sir Givré ait une révélation concernant le repassage, rien de nouveau sous le soleil, donc. (À sa décharge, je déteste toujours autant faire les comptes et m’occuper de la paperasse, ce qui m’a valu quelques déconvenues, c’est donc lui qui gère ce domaine de notre vie pour nous deux… chacun ses compétences.)

Mais. Le mariage a changé tant de choses pour moi.

Comme je le disais, j’ai compris à la mairie, pas avant, que Sir Givré et moi formions une famille à part entière, désormais. La remise du livret de famille a été un moment incroyablement émouvant. Le livre de notre vie ensemble, de notre union, de nos projets. La trace qui restera quand nous ne serons plus sur Terre.

J’ai compris tout ça, à ce moment là.

Cela m’a permis d’aborder la cérémonie religieuse qui a suivi dans le « bon » état d’esprit, et d’intégrer au fond de moi cette parole biblique « l’homme se détachera de son père et de sa mère pour s’attacher à sa femme et les deux deviendront un seul être. » (Matthieu, 19:5). Cette phrase m’avait toujours mise un peu mal à l’aise, j’y voyais une tentative de dépersonnalisation, je croyais alors que cette phrase voulait dire qu’on perdait son identité propre pour ne garder qu’une identité en tant que couple. Cela m’inquiétait d’autant plus que je connais des couples chrétiens qui me donnent l’impression de ne pas exister l’un sans l’autre, et je ne voulais pas devenir une de ces femmes sans avis, sans avenir, prétendument sans personnalité.

Je n’avais décidément pas compris.

Le jour du mariage, ce jour précis, j’ai compris que ce « seul être » que nous devions devenir était une entité vivante, nourrie de nos deux personnalités et de notre amour commun, que cette famille, ce noyau que nous formions désormais était voué à évoluer, à grandir. Le mariage est ce moment où nous ne sommes plus les enfants de nos parents. Nous faisons un choix de vie, nous rentrons dans le monde des adultes. La scission ne pourrait être plus claire.

En ce sens, le mariage m’a donné l’assurance de l’amour de Sir Givré. Je sais que c’est le moment où tu vas peut-être hausser les épaules et me trouver décidément très naïve. Mais je connais la profondeur de l’engagement de Sir Givré. Je sais l’éducation qu’il a eue, les exemples qui ont été les siens, et l’importance des décisions qu’il prend. Le mariage me donne cette assurance que Sir Givré sera toujours là, que tant que nous le voudrons, notre couple sera un entité, une et indivisible, que nous pourrons tout vivre ensemble, qu’il n’y a pas de fin à ce mariage.

Parce que justement, je crois que c’est ça, le plus grand changement. Le mariage a été l’occasion pour moi de m’interroger sur le sens d’un engagement religieux, et par la même occasion, de me poser la question de la conversion.

Je te l’ai déjà dit, Sir Givré a reçu une solide éducation religieuse, quant à moi, je n’ai pas reçu d’éducation religieuse du tout. Les rencontres avec le couple pastoral m’ont ouvert un monde que je ne connaissais pas. J’ai commencé à lire la Bible, à poser des questions. J’ai souhaité aller à l’église régulièrement.

Je chemine. Sir Givré et moi cheminons ensemble.

Nous fréquentons une église évangélique baptiste de façon plus ou moins régulière, et je commence à comprendre beaucoup de choses. Notamment celle-ci : quand j’étais ado, je me demandais si je croyais en Dieu ou pas. Je sais maintenant que ce n’était pas la question à me poser. Je sais maintenant que la foi ne suffit pas, c’est ce que j’en fais qui compte. Et je sais que cette dimension qui grandit chez moi comme chez Sir Givré me donne encore plus confiance en notre avenir commun, d’où le point précédent.

Le mariage, c’est du travail. Ce n’est pas une chose à laquelle on peut choisir de mettre fin à la moindre anicroche. C’est un travail de tous les jours, et je ne parle pas seulement d’entretenir la flamme. Bien sûr, en deux ans, Sir Givré et moi avons eu des désaccords, plus ou moins importants. Nous avons aussi eu des discussions sur des sujets importants (bébé, maison, crédits…) qui ont mis en exergue nos différences, et parfois nos différends. Nous avons même parfois eu des disputes, plus ou moins violentes. Je crois fermement en l’importance du pardon dans le couple, et je ne finis jamais une journée en colère contre Sir Givré. Quoi que nous nous soyons dit, je ne vais jamais me coucher sans en avoir reparlé, avoir trouvé un compromis, avoir pardonné ou m’être fait pardonner.

Et si je dis que ce changement est le plus grand, c’est parce que, justement, il y a deux ans, je me voyais comme une personne totalement indépendante et seule, qui faisait le choix de s’unir, de s’allier avec une autre personne totalement seule et indépendante. Ce que j’ai compris, et qui m’a fait énormément évoluer, c’est que nous ne sommes pas seuls, et que nous ne le serons plus jamais.

Côté pratique, notre album de mariage n’est pas fait, notre album de voyage de noces non plus, mais nous sommes depuis deux semaines les heureux propriétaires d’une maison en bois auto-construite, et nous avons une foule de projets en tête pour les années à venir.

Prochain bilan… Dans quelques années ?

Et toi, est-ce que tu penses que le mariage peut changer ta vie ? As-tu pensé à ton évolution post-mariage ? Est-ce que la perspective de te marier religieusement te fait cheminer ? Raconte !


Crédits photo : Petit Mariage entre Amis

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14 commentaires sur “Le mariage, deux ans après”

  • Une maison en bois autoconstruite… c’est notre grand projet pour 2015 (sans compter l’arrivée de bébé dans quelques semaines ^^). Il y aura-t-il des articles à ce sujet sur les autres blog dentelle ? Ça m’intéresserait énormément.

  • Wahou, super article ! merci Madame Givrée pour ce retour ! Tu as réussi à mettre des mots sur des choses auxquelles je pensais, sans en avoir vraiment conscience.
    Et pareil, si tu viens raconter ta maison en bois autoconstruite dans un autre blog ça m’intéresserait beaucoup !

  • C’est un très bel article que tu viens d’écrire, profond et sincère. Tu as fait beaucoup de chemin depuis ton mariage. Je te souhaite une très heureuse continuation dans cette belle aventure.

  • Ah l’idée que si on est en couple on a forcément envie d’un enfant… J’ai éclaté de rire en te lisant (« À tel point que j’ai dit à Sir Givré, hier, que j’allais prier la prochaine personne qui m’en parlerait de « foutre la paix à mon utérus », et que j’allais me faire un plaisir de répliquer au prochain homme qui me poserait la question « alors, c’est pour quand le bébé ? », que je ne lui demandais pas à quelle fréquence il se vidait les c*uilles, merci de ne pas me demander ce que je faisais de mes ovules. »). J’adore !!! J’ai maintenant passé l’âge (j’avais presque 44 ans quand on s’est mariés en mai dernier) donc on ne me pose plus la question, mais j’ai eu droit aux questions comme toi. Je me dis que j’ai toujours su que je ne voulais pas d’enfant (même si rencontrer le grand amour m’a fait me poser la question) mais que j’ai toujours cru que j’en aurais : dans notre société, une femme a forcément envie d’avoir des enfants, d’ailleurs une femme n’est vraiment femme que lorsqu’elle connait la maternité. Le nombre de fois où on me demandait « c’est pour quand » (moi, je ne comprenais même pas ce qu’on me demandait au début !), où on me disait « quand tu auras des enfants » sans même me demander « veux-tu des enfants ? ». J’en ai souffert, mais le pire, c’est que les gens ne se demandent même pas pourquoi tel couple n’a pas d’enfant : le couple n’en veut pas ? l’un d’eux n’en veut pas ? l’un d’eux est stérile ? Dans ces deux derniers cas, la situation est douloureuse et les gens n’ont même pas la décence d’y penser.

  • Quel beau bilan ! Merci pour ce retour 🙂
    Je ne connaissais pas ton mariage, mais ton article m’a donné envie d’en savoir plus. Je vais donc le lire les prochains jours.
    Bon chemin à vous deux, qu’il soit le plus long et le plus beau possible !
    (et merci pour ton commentaire sur l’évangile de Matthieu, nous commençons à nous plonger dans le choix des textes, dur de choisir parfois..)

  • Ce bilan m’a permis de me replonger dans tes chroniques, que j’avais déjà lues, et dont certaines sont déjà dans mes favoris, pour cause d’inspiration pour mon futur mariage ! Et celui-ci va suivre, car j’apprécie ta façon de voir les choses, et la manière dont tu parles du mariage & de la religion.
    La maison en bois est également un beau projet, que nous devrions également concrétiser à peu près en même temps que notre mariage ^^
    Je vous souhaite plein de bonnes choses pour la suite de votre vie à deux.

  • Ah, la question du bébé. Les gens peuvent même être très indélicat. Nous l’avons régulièrement, et comme toi j’ai envie de les renvoyer méchamment sur les roses. Voir de les faire culpabiliser en leur disant que leur question est juste déplacée : ça ne les regarde pas, et de plus la question peut être extrêmement blessante dans le cas d’essais non concluants. (voir de stérilité avérée de l’un ou l’autre. Dur d’être vue juste comme un ventre en devenir, comme si on n’était plus intéressante juste en tant que personne et couple. Merci pour le reste de ton témoignage très intéressant.

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