Mon mariage en Guinée : la soirée du premier jour de fête

Il fait désormais nuit. J’ai enlevé mes habits de lumière pour enfiler un vieux boubou qui appartient à ma mère : une fois le mariage coutumier terminé, mes derniers vêtements de célibataire doivent être offerts. D’où le vieux boubou (et pour faire bonne figure le petit foulard qui va avec). La famille du Nounours a délégué mes beaux-frères et des griots pour venir me chercher. Ils arrivent avec une calebasse contenant de quoi procéder au rituel : deux coupons de tissu blanc, de la ficelle blanche, une paire de chaussures, du parfum et quelques noix de colas.

Avant toute chose, on m’installe sur un tabouret neuf. Je regarde en direction de la Mecque. Ma mère tient le tabouret, il ne doit pas vaciller. Seules les femmes déjà mariées ont le droit d’assister à la cérémonie. La griotte sort chercher le grand cousin de mon père. Je l’ai choisi pour qu’il me fasse le sermon. J’ai toujours eu énormément d’estime pour lui. C’était ma manière de le lui montrer. Il entre et se place derrière moi à côté de ma mère qui tient toujours le tabouret. Je ne dois pas me retourner. Il me dit que ma famille s’est réunie ce jour pour me marier au Nounours et que j’ai leur bénédiction. Il me dit aussi combien lui et ses frères (mes pères en gros) sont heureux et fiers de moi, puis termine en récitant quelques versets du Coran.

Mariage en Guinée - Première soirée

Crédits photo : Photo personnelle

Il sort. La cérémonie peut continuer. La griotte pose une calebasse remplie d’eau devant moi et me demande de faire mes ablutions. Je m’exécute en essayant de mettre le moins d’eau possible par terre. Puis, je me lève afin que la sœur de ma mère m’aide à attacher le pagne. La tradition veut que l’on si reprenne par trois fois. Ce n’est qu’au bout de la troisième qu’on attache le pagne à l’aide de la ficelle blanche. La griotte me demande ensuite d’enlever mon boubou. En dessous, j’ai un trop joli top blanc avec de la dentelle. Je l’ai acheté exprès pour l’occasion. Se retrouver en soutien-gorge ça l’aurait fait moyen tu ne crois pas ? Je me rassois et une cousine de mon père me met le second pagne sur la tête, à la manière d’un voile. Elle le fait aussi trois fois. Cette fois ci, je dois l’en empêcher par deux fois avant d’accepter qu’elle ne recouvre ma tête.

Pendant cette partie de la cérémonie, toutes mes pensées vont vers la sœur de mon père décédée en 1999. Elle me parlait tout le temps de mon mariage et du rôle qu’elle aurait à jouer lors du mariage des filles de son frère chéri. Je pensais m’effondrer lors de cette cérémonie mais je trouve la force de ne pas pleurer : je sais que ma yayé est à mes côtés. La griotte m’aide à enfiler les chaussures, me met quelques touches de parfum. Je suis prête à aller chez mon mari.

Mariage en Guinée - Première soirée

Crédits photo : Photo personnelle

Je me lève. Je veux serrer ma mère dans mes bras mais je n’ai pas le droit de regarder en arrière. Ma cousine me tient par la main et on se dirige vers la porte. Mes beaux-frères attendent mais mes petites sœurs et leurs amies bloquent la sortie. Elles réclament de l’argent pour me laisser partir. C’est un jeu. Pour l’équivalent de même pas 20€, elles se laissent finalement convaincre. Ce n’est pas très cher payé n’est-ce pas ?

Mariage en Guinée - Première soirée

Crédits photo : Photo personnelle

Une fois sur le pas de la porte d’entrée, je ne dois plus poser le pied au sol. Le petit frère du Nounours me porte jusqu’à la voiture. Heureusement qu’il est costaud et que je suis un poids plume ! Le cortège se met en route en klaxonnant à tue-tête. Trente secondes plus tard, la voiture entre dans la cour du Nounours où ma nouvelle famille m’attend. Sous le pagne qui me sert de voile, je suis en larmes  : je suis entrée des centaines de fois dans cette maison mais c’est la première fois que je le fais en tant que femme du Nounours.

Mon petit beau-frère me porte à nouveau jusque sur le pas de la porte de la maison de ses parents. Une natte a été installée et je me couche sur les jambes de ma tante (celle qui m’a mis le voile). Je ne vois rien. J’entend les tam-tams et les gens danser. Ce sont les sœurs/cousines du Nounours qui expriment leur contentement. Leur frère est marié ! La griotte demande à ma belle-mère si elle est d’accord pour m’accueillir dans sa famille, elle répond oui puis me relève en m’offrant plusieurs pagnes. Ma belle-mère ayant donné le feu vert, les rituels se poursuivent…

À défaut d’un arbre fruitier, je tourne autour d’une jeune maman avec l’aide de l’une des griottes. Après avoir bu trois gorgées de lait offert par ma belle-mère, elle me fait entrer dans sa maison.

Mariage en Guinée - Première soirée

Crédits photo : Photo personnelle

Je dois d’abord avancer le pied droit et m’y reprendre trois fois. On me couche sur un lit avec le bébé autour duquel j’ai tourné il y a quelques minutes. Ma famille vient me dire au revoir puis sort. J’ai beau savoir que je la reverrai dès le lendemain, j’ai la gorge serrée. Je reste seule un moment puis mes belles-sœurs viennent me tenir compagnie. Elles m’expliquent que leurs griots ont retenu ma famille pour de nouvelles bénédictions. Au bout d’une demi-heure, c’est terminé. Ma famille part et je suis vraiment seule dans celle du Nounours. Il n’est d’ailleurs pas là. On a su, plusieurs semaines après, que le jeune marié ne doit pas être là quand son épouse entre pour la première fois dans la maison car sinon, c’est elle qui “portera la culotte”… Une fois ma famille partie, mes belles-sœurs m’escortent jusque dans ma nouvelle maison. Elles m’installent sur mon lit et sortent. La griotte m’avait dit que seul mon mari devait me relever, alors j’attend l’arrivée du Nounours. Il revient très vite, m’enlève le voile puis nous dînons. C’est l’un des plats que je préfère si tu veux tout savoir, du fonio avec une sauce à base de pâte d’arachide et des boulettes de viande. Miam ! C’est notre première nuit en tant que jeunes époux, je suis heureuse !



12 commentaires sur “Mon mariage en Guinée : la soirée du premier jour de fête”

  • Rien qu’en lisant, je trouve ça intense en émotions ! Il y a tellement d’actes symboliques, c’est très beau (et impressionnant !) J’ai hâte d’en savoir plus sur les jours de fête qui ont suivi !

  • À titre personnel, je trouve tous ces rituels écrasants. L’identité des mariés est totalement niée au profit des traditions des familles de chaque côté. Ça me rend heureuse d’être née en Europe au 20e siècle. Je vous souhaite quand même beaucoup de bonheur !

    • Puisqu’on en est aux opinions personnelles, pour ma part je trouve dommage que tes voeux de bonheur aux mariés ne suffise pas à occulter l’arrogance de ton propos. Peut-être ne te rends-tu pas compte de l’impact de la formulation que tu as choisis. La culture peule qu’il t’es donnée de découvrir à travers cet article est extrêmement riche et mérite mieux que la condescendance de l’Europe des lumières du haut de son 21ème siècle. Comptant sur ta compréhension et sans rancune, d’une mariée guinéenne quelque peu blessée par ton propos maladroit

  • Merci de partager ce bout de culture avec nous! Je trouve cela très beau de faire perdurer les traditions et de s’inscrire dans l’histoire de ta famille et de tes ancêtres. D’un point de vue personnel, le mariage n’est pas seulement le moment où un couple “déclare” son amour au monde. C’est une étape dans sa vie mais ça en est aussi une dans celle de ses parents et pour sa famille en général. Suivre les traditions, cela leur permet aussi d’intégrer des choses, de faire leur deuil de leur “petite fille”, de te montrer aussi combien ils sont fiers, contents et heureux pour toi. Alors toutes mes félicitations pour ce beau mariage qui a du être fort en émotion et bravo pour t’être fait plaisir, pour avoir fait plaisir à ta famille dans ce monde où l’individualisme est de mise.

  • C’est vrai qu’on voit beaucoup de chroniqueuses parler de leurs choix, de leurs mariages de leur ci et ça sans oublier que le mariage est une chose à la fois individuel (on se marie à deux ok) mais aussi collectif (devant Dieu ou devant la Société ou autres). On a beau dire ce qu’on veut mais je trouve ça un peu égoïste de s’imaginer le plus beau jour de sa vie comme une petite bulle à deux parce qu’on en a décidé ainsi. Et c’est d’autant plus vrai quand on est d’origine étrangère, ce serait si triste et si hypocrite et de la totale assimilation de faire mon mariage uniquement en fonction de ma nationalité alors que mon teint, mes cheveux, mon prénom, et mon goût prononcé pour l’huile d’olive me rappelle tous les jours d’où est ce que mes ancêtres viennent. Comme pour tout, je pense qu’il est important de trouver le juste milieu.

  • Bonjour Mme MO,
    je m’appelle Hawa et je suis originaire de Guinée aussi comme vous et je vis actuellement en France
    Je me marie en Décembre 2016 en Guinée avec mon amoureux que j’ai rencontré ici.
    Je souhaiterais avoir quelques conseils pour l’organisation étant à 8000 km de chez moi.
    Je vous remercie pour votre réponse.

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