À la recherche de ma robe : la robe qui m’a trouvée – Partie 3

La semaine dernière, je t’ai raconté comment mes doutes et un drôle d’enchaînement de circonstances m’ont amenée à me rendre dans une boutique de robes de mariées, alors que j’avais déjà commandé ma robe ! Voici comment se termine l’histoire…

En me jetant littéralement dans la boutique, je réalise en voyant les mines surprises des personnes à l’intérieur à quel point mon comportement est singulier pour un magasin de robes de mariées. Il est vrai que je débarque un peu comme une folle, les cheveux en bataille, essoufflée et transpirante. J’essaie tant bien que mal de reprendre contenance et je fais semblant de regarder quelques articles en remettant mes cheveux en place : la boutique est toute petite, les robes n’ont rien d’extraordinaire, il y a peu de choix car les stocks sont en train d’être écoulés pour la fermeture… Mais qu’est-ce que je fais là ?

« Je peux vous aider ? »

Je baisse les yeux en direction de cette toute petite voix et plonge mon regard dans d’immenses yeux bleus chlorés et pleins de tendresse. Une petite bonne femme mince, usée par les années mais dont on devine facilement qu’elle a dû être très belle.

Je ne sais répondre autrement que par la vérité, sans fard et factuelle : « Je ne sais pas… Je me marie en septembre… J’ai déjà acheté ma robe… J’ai des doutes… J’ai vu votre boutique ».

Bien entendu, je ne peux pas lui exposer toute ma théorie de chanceuse névrosée, j’ai encore un peu de fierté !

Elle me regarde, un peu amusée et compréhensive, elle me dit : «Elle est comment votre robe ? »

Rien de plus simple, j’ai les photos de mon essayage dans mon téléphone. Oui mais voilà il est éteint. Plus de batterie. Accessoirement plus de batterie non plus pour prévenir qui que ce soit, prendre conseil, chercher une personne de mon entourage, M. Frette, amis, pour me convaincre ou me dissuader… Je suis seule avec ma conscience et cette femme, une parenthèse dans le cours du temps.

Je lui décris la robe, elle s’approche de moi, prend mes hanches avec vigueur et sensualité et dit : « Moi, je ne vous aurais pas coupée à la taille, vous êtes grande, il vous faudrait un drapé ». Puis elle ajoute, avec un peu de malice, en chuchotant presque, comme si c’était un secret : « Vous avez du charisme… Il m’en reste une, une dernière, en soie ».

Je suis encore plantée à la même place, les bras ballants, quand elle revient avec une immense robe sur un cintre.

« Vous voulez la passer ? »

Bien sûr que je veux la passer, je suis étrangement nerveuse, toute seule avec mon destin mais cette femme, elle y a son rôle à jouer, je dois la laisser faire.

Je n’avais pas l’intention de faire des essayages aujourd’hui, je réalise en me dévêtant que je n’ai pas de soutien-gorge. Je suis presque nue dans cette cabine, toute protégée par la clandestinité que me confère le mutisme de mon téléphone et rassurée par cette femme qui dégage à la fois une grande expérience, un fort caractère et un solide savoir-faire. En laissant un peu ma mémoire faire son travail, ce sentiment d’être « entre de bonnes mains », entre femmes, me ramène d’un bond au hammam de mon enfance et un authentique bien-être m’envahit.

Elle revient avec un soutien-gorge, je m’abandonne à ses mains expertes et elle m’aide à enfiler le tout.

Pas une retouche. Il ne faut pas une seule retouche. La robe me va parfaitement, elle me serre gentiment et intimement, comme une seconde peau.

Je n’ai pas encore vu mon reflet dans le miroir que le regard de mon habilleuse me signifie, sans appel, que je suis belle.

L’image que j’aurai sous les yeux, quelques instants plus tard, ne laissera aucun doute, cette robe me va comme un gant.

Elle est par ailleurs magnifique, entièrement en soie crème, avec de délicats drapés, avec de jolies et discrètes broderies, une traine superbe et interminable.

Enfin, un décolleté asymétrique et légèrement bombé me permet de me réconcilier avec ma poitrine timide.

Me voilà, dans cette robe merveilleuse et visiblement faite pour moi, la culpabilité me rongeant tout doucement à l’idée de payer une deuxième robe de mariée. Tu en sais quelque chose, un budget de mariage ce n’est pas rien. J’étais déjà gênée par le prix de ma première robe et maintenant je me paie le luxe d’en acheter une deuxième ???

Je regarde l’étiquette : 1 000 euros. Gloups.

« Je vous la laisse pour 170 euros »

Argument qui coupe court à tous mes états d’âme, cette robe est pour moi, tout Paris et même un bout de Bretagne s’évertuent à me le répéter depuis ce matin.

Je ressors de la boutique heureuse, ma robe dans sa housse sur l’épaule, éblouie par la luminosité du ciel de la capitale qui pourtant est bien menaçant.

Cette lumière, je suis certainement la seule à la voir en cette fin d’après-midi, à en sentir la chaleur sur mes joues, elle est la trace laissée par cette femme, cette caresse émue et véritable  déposée dans mon souvenir quand nous nous sommes quittées :

« Je suis heureuse que ça soit vous qui l’ayez ».

À la recherche de ma robe : la robe qui m’a trouvée - Partie 3

Crédits photo (creative commons) : David Nestor

Épilogue

En rentrant chez moi, M. Frette est, bien sûr, très surpris de me voir revenir de la gare avec quelques heures de retard et une robe de mariée sous le bras mais il a depuis longtemps déjà pris l’habitude de ne plus trop s’étonner de ces inattendus dont j’ai le secret…

Toute excitée et avec le furieux besoin de partager mon bonheur, je demande à une récente et jolie rencontre, mon amie F. de venir m’aider pour un essayage à la maison, et aussi pour avoir son avis : mine de rien avec toutes ces bêtises, j’ai deux robes… Soit exactement une de trop. Je fais confiance à son regard sincère et son goût impeccable pour m’aider à y voir clair.

Est-ce parce qu’elle aura vu cette robe sur moi en vrai au contraire de la première simplement en photos, toujours est-il que son choix portera sans hésitation sur celle-ci.

À l’heure où j’écris cette chronique je crois avoir arrêté mon choix mais je me connais suffisamment pour savoir que rien n’est immuable face à la force du destin (ceci dit, à deux mois du jour J, il va falloir que ça se calme un peu !).

En parlant de destin, je t’avais raconté, dans la première partie de ce récit, que le choix de ma robe de mariée était pour moi une affaire de mère et de fille et que j’étais un peu triste de ne pas partager ces moments avec la mienne.

La vie est une question de lecture, j’en suis convaincue.

Mlle Paris-Paris, ma petite sœur, Sandrine, ma chère E. (qui m’aura quand même envoyé sa mère et son fils !), la dame de la boutique, mon amie F.

Certes, à aucun moment, ma mère n’aura joué son rôle dans cette aventure mais combien de femmes m’auront porté vers elle, ma Toute Douce !

J’ai la certitude qu’il y a Quelqu’Un, ou quelque chose, peu importe, à qui je dois être reconnaissante pour m’avoir entourée de tant de douceur et de bienveillance, pour avoir placé toutes ces femmes sur le chemin de mon bonheur, d’être belle pour l’homme que j’aime, le jour où nous scellerons nos destins pour la vie.

Pour toi (qui as quand même réussi à lire cette chronique jusqu’au bout sans t’endormir) comment as-tu su que c’était la bonne ? As-tu eu un coup de cœur ? Est-ce que tu crois au destin ? Raconte ! Je veux tout savoir !


Crédits photo : Petit Mariage entre Amis

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26 commentaires sur “À la recherche de ma robe : la robe qui m’a trouvée – Partie 3”

  • Quel texte magnifique ! Avant même d’en arriver à ta conclusion, j’avais déjà envie de te dire que tu avais rendu un très bel hommage à cette dame, et que c’était un magnifique moment entre femmes.

    Je comprends ce que tu dis sur le destin et la chance, je suis un peu comme ça aussi (mais comme tu le dis « rien n’est immuable », on ne sait jamais vraiment où nous emmène le destin). Ce qui est très beau dans la vie, c’est ces moments de gentillesse entre quasi-inconnus.

  • Oh la la ! Quelle aventure ! Et c’est si bien raconté (comme toujours) ! Là, il n’y a pas à dire, c’est le Destin avec son grand D qui a frappé !
    J’ai vraiment hâte de voir la robe que tu choisiras. Et finalement, pourquoi choisir, tu peux très bien porter les 2 à des moments différents de la journée. Certaines changent de robe entre la cérémonie civile et la cérémonie religieuse / laïque ou pour l’ouverture du bal.
    Nul doute, ta décision sera rock’n’roll !
    .

  • Quel texte, quelle aventure !!!!
    Cette dame, une véritable vendeuse de robe de mariée, celle qui d’un coup d’oeil sait… Une jolie rencontre ! je pense qu’elle serait très émue si elle lisait ta chronique car l’hommage que tu lui est sincère et honnête, en plus d’être merveilleux, au propre comme au figuré;)

    Ces moments où on laisse les bonnes choses nous arriver, c’est la félicité même de la vie qui nous envahit, tu l’as bien ressenti et tu nous le fait merveilleusement partagé dans ce billet…
    Merci de ce moment de bonheur et hâte de voir cette robe mystérieuse sur toi !

  • SUPER ! Je suis très heureuse pour toi. Et comme le dit Madame Lagon, c’est important aussi ces moments de complicité entre des personnes qui ne se connaissent pas !

  • J’ai suivi ton épopée de près, et j’ai vite sauté sur l’article! Je rejoint Madame lagon, le texte est magnifique, très poétique, un moment de douceur dans mon monde de brutes!
    Tu as raison c’est vraiment le destin qui t’as mené la bas. Et quelle chance de tomber sur cette femme, j’étais émue de voir qu’une telle gentillesse existe encore chez les vendeuses de robes de mariées! J’espère avoir ta chance!

  • Merci pour vos gentils commentaires plein de douceur …. Je ne mets pas les photos de la robe pour ne pas prendre le risque de gâcher la surprise de M. Frette mais promis, dès que e mariage sera passé, vous verrez tout!
    J’ai écrit cette chronique il y a quelques semaines déjà, et chaque jour qui passe rend le choix évident pour moi: sauf si elle se désintègre dans la nuit, ça sera bien la deuxième robe <3

  • D’ailleurs pour compléter la partie avec la vendeuse, je ne l’ai pas écrit parce que c’était tellement fort que j’avais peur d’entamer la crédibilité du récit: quand je suis partie de la boutique, la dame était visiblement bouleversée par mon émotion, et elle m’a dit: « vous nous tiendrez au courant? vous nous raconterez? ». Je suis passée plusieurs fois devant la boutique depuis, qui est fermée, mais je vais tâcher de retrouver sa trace, qu’elle puisse profiter de quelques rayons du bonheur auquel elle a participé.

    • Je n’osais pas te le dire, mais je trouve effectivement que ce serait super d’envoyer une carte à cette dame avec la photo des mariés. J’ai fait cela pour plusieurs personnes (boutique de maquillage, marchande de tissu où j’avais acheté de quoi confectionner de la déo et…) et j’ai été surprise de voir que les gens étaient sincèrement très touchés par ce geste (j’avais peur qu’ils trouvent ridicule ma démarche, et en fait ils étaient tous heureux d’avoir une carte). Hâte de voir les photos du jour J moi aussi !

  • Rooo la la, ce que je t’envie ! Quelle rencontre, quelle envolée lyrique ! C’est tellement beau la façon dont tu es tombée sur cette boutique, sur cette dame, sur cette robe !

    Pour moi (qui ai quand même réussi à lire cette chronique jusqu’au bout sans pleurer, mais c’était juste…!), ce qu’on appelle le destin existe, « il n’y a pas de hasard » comme dit toujours ma mère.
    Mais je n’ai pas ta chance…! Je n’ai pas eu de coup de cœur, je ne me suis pas dit « c’est celle-ci ! » (il y en aurait eu mais elles étaient trop chères ^_^), j’ai juste hésité entre 2 qui se rapprochaient le plus de mes critères et « choisi » une.
    Je mets des guillemets parce qu’en fait, lorsque j’ai voulu prendre RDV pour essayer les 2 robes le même jour, la première avait été vendue quelques jours auparavant. Du coup c’est le « destin » qui a choisi pour moi…
    Cela dit, je suis restée frustrée un bon mois et demi avant d’accepter que ma robe serait un choix « par défaut ». Je le suis toujours un peu, mais en essayant de prendre du recul, j’arrive à me faire à l’idée et à voir cette robe d’un autre œil, comme lorsque je l’ai essayée. 🙂

  • J’ai les larmes aux yeux… Je crois que je suis encore plus émue que pour le choix de ma propre robe (mais on va dire que ce sont les hormones). Vivement les photos, cette robe a l’air superbe !

  • Qu’est-ce que c’est bien écrit! Je suis persuadée que c’est la robe pour toi, le coup de coeur a l’air évident et il est accompagné d’une si jolie histoire. J’ai hâte de lire tes prochains articles!

  • Très belle histoire, c’est vrai que les conditions dans lesquelles tu as fait le choix de la robe la rendent encore plus magique, parfois il y a des évènements qui sont inéluctables, cette trouvaille en était un 🙂

  • Quel joli récit, quelle jolie rencontre, quelle poésie, j’en ai les larmes au yeux… Merci pour ce joli moment dans mon tourbillon de préparatifs à coup de tableaux excel (si, si)

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