La charge mentale mariagesque

Samedi, 9h.
Dans ma tête : Le weekend est là, gloire à la détente et au tournement de pouces en série !
… Sauf que non. Il faut vraiment qu’on prépare les save-the-date pour notre cérémonie religieuse. Leur spectre a plané sur moi toute la semaine : plus moyen de repousser, ils doivent partir « azzape ». Après consultation rapide de Monsieur Kowhai, je choisis un design à personnaliser et plonge tête la première.
Dans la tête de Monsieur Kowhai : Le weekend est là, gloire à la détente et au tournement de pouces en série !

Lundi, 9h.
Dans ma tête : Ouh la la, c’est une grosse journée de travail qui s’annonce.
Une pause ! J’en profite pour compiler les adresses email des membres de ma famille. Ne manque plus que le côté Kowhai, dont il s’occupe. Youpi : le save-the-date, sur lequel j’ai bossé tout le weekend et que Monsieur Kowhai a approuvé hier, partira ce soir !
Dans la tête de Monsieur Kowhai : Ouh la la, c’est une grosse journée de travail qui s’annonce.

Lundi, 19h.
Moi : « Oh, ne t’inquiète pas, Amour, je vais ranger la vaisselle. Tiens, pendant que tu es là, tu as les adresses mail des membres de ta famille pour envoyer le save-the-date ? »
Monsieur Kowhai, tombant des nues : « Ah bah non, je ne savais pas qu’il les fallait ! »

La charge mentale dans la préparation du mariage

Crédits photo (creative commons) : FreePhotosART

… Et après avoir déploré la perte avec fracas d’un ravissant service à thé japonais, me voilà prête à t’éclairer sur la charge mentale.

La charge mentale, késako ?

Le terme de « charge mentale » dans sa signification actuelle a été redéfini en 1984 par la sociologue Monique Haicault et désigne l’effort cognitif nécessaire à la planification de toutes les tâches domestiques. Effort dont les femmes (le plus souvent) conservent la responsabilité même si l’exécution du travail est partagée avec leur conjoint.

Le résultat ? Un trop-plein pour ces « chefs de projet de la maison », qui doivent de fait penser à tout en permanence, car rien ne se passe sans qu’elles le demandent. Cette BD explique assez clairement comment, dans un couple hétérosexuel traditionnel, l’homme demeure souvent un exécutant attendant les ordres, et le stress supplémentaire qui en résulte pour sa moitié.

Or, si je n’ai aucun reproche à faire à Monsieur Kowhai concernant le ménage, je trouve en revanche ce principe sociologique parfaitement transférable à nos préparatifs de mariage !

Notre charge mentale mariagesque

Avant- propos : ne possédant aucune donnée objective sur la charge mentale mariagesque, je me contente de te raconter mon expérience. N’y vois donc pas une généralité affirmant que les hommes ne font jamais rien dans l’organisation d’un mariage ! Et parce que j’aime bien créer un peu de hype quand même, on reparlera de mariage et de genre dans une autre chronique, c’est promis.

Comme pour la charge mentale domestique, l’inégalité dans notre couple face aux préparatifs ne concerne pas le travail fourni mais l’énergie consacrée à la planification des tâches.

  • Là où une liste de choses à faire, estampillée « WEDDING » et longue comme le bras, mouline perpétuellement en arrière-plan dans mon cerveau…
  • … Monsieur Kowhai vit l’intégralité du processus par épisodes. Il reçoit de ma part des missions, les exécute, puis… cesse de se soucier du projet jusqu’à ma prochaine requête. Ainsi, il a passé notre weekend spécial save-the-date dans une bienheureuse ignorance de la tâche à effectuer, car je n’avais pas exprimé clairement mon besoin des adresses email.

Puisque tirer des plans, réalistes ou sur la comète, est davantage dans ma nature que dans la sienne, il paraît naturel que dans ce projet comme dans d’autres, il se laisse porter pendant que « je gère ».

La charge mentale dans la préparation du mariage

Crédits photo (creative commons) : alan9187

Le problème, c’est qu’à répétition, cette situation finit par m’occasionner une fâcheuse tendance à psychoter : « Si je décidais de cesser de me préoccuper de nos noces jusqu’au jour J… Monsieur Kowhai prendrait-il spontanément en charge ce qu’il nous reste à faire ? Ou nous unirions-nous dans la plus grande… simplicité (c’est-à-dire sans nourriture ni invités, faute de les avoir prévenus à temps) ? »

Dans l’incertitude, je tente donc de tout garder en tête, jusqu’à l’inévitable point de rupture. Et celui-ci arrivera même si Monsieur Kowhai m’aide à l’organisation ! Insidieux, pas vrai ? L’effort de gestion demeure invisible et son contrecoup prend au dépourvu mon amoureux, qui a l’impression de faire sa part du travail, sans réaliser que je conserve le poids de la responsabilité, en plus de mes 50% des tâches.

Le mythe de la bridezilla, ou pourquoi le lâcher-prise n’est pas la solution

Souvent, on conseille aux fiancées stressées de « lâcher prise ». En gros, de contenir leur hystérie pour le bien de leur pauvre entourage, car au fond, « ce n’est pas si grave/ce n’est pas si difficile/tu te fais du mal toute seule/etc. »

Sauf que dire à une mariée qu’il suffit de se détendre, c’est minimiser sa (réelle) souffrance, et oublier qu’on donne cette recommandation d’un point de vue rationnel et objectif que notre bridezilla serait bien en peine d’adopter.

Oui, je suis bien plus compétente dans mon vrai boulot que comme wedding-planner, car je fais plus aisément la part des choses. Mais voilà, non seulement mon investissement émotionnel dans mon mariage est sans commune mesure avec celui que j’ai pour mes projets professionnels, mais en plus, la pression de l’organisation est concentrée sur moi, et moi uniquement, grâce à notre copine la charge mentale.

Peut-être donc qu’au lieu de modérer mes émotions (“disproportionnées”, tu as dit ?  Va au coin pour relire le paragraphe précédent), je pourrais tempérer mon bridezillage en modifiant mon environnement pour pouvoir partager tout le poids du monde entre mes épaules et celles de mon fiancé ?

Après le désastre des save-the-date, j’ai donc employé mes efforts à collaborer avec Monsieur Kowhai pour mettre en place des solutions pratiques nous permettant de communiquer efficacement, et de scinder mieux notre pile de corvées.

Notre solution : un système de trois outils

  1. Le tableau blanc

Il sert à noter les tâches à effectuer, se les répartir et me donner une visibilité sur ce à quoi s’occupe Monsieur Kowhai. D’un coup d’œil, je mesure le temps qu’il aura la semaine prochaine, grâce à notre mini calendrier.
Seul bémol : notre tableau nécessite des mises à jour régulières… Ce qui nous amène au point 2.

La charge mentale dans la préparation du mariage

Crédits photo : Photo personnelle

Notre tableau, en chair et en os ! 

  1. Les Petits-Déjeuners d’affaires hebdomadaires

Nous les appelons « Petits-Déjeuners d’affaires » parce que nous avons le verbe leste et l’esprit blagueur, mais l’idée est simplement de nous retrouver chaque weekend, autour d’un café, pour une conversation centrée uniquement sur le mariage. Qu’est-ce qui doit être fait, par qui, et quand ? Nous inscrivons ensuite le tout sur le tableau pour le garder en tête jusqu’à la prochaine fois.

  1. Trello

“Tre-quoi ?” me demanderas-tu avec l’œil effaré du lapin pris entre les phares d’une automobile.

Trello est un système informatique de to-do list à plusieurs niveaux, stockée dans le Cloud, partageable avec d’autres utilisateurs, et avec plein d’autres fonctionnalités stylées indispensables à un outil technologique in.

Il me sert à noter ce qui sera un jour à faire, mais pas maintenant. Ce savoir stocké me permet de me libérer l’esprit au quotidien, et d’y revenir au moment opportun : je révise notre Trello à intervalles réguliers pour cocher certaines tâches, en ajouter d’autres, et noter sur le tableau blanc certains sujets à discuter au prochain Petit-Déjeuner d’affaires.

Quel impact sur ma charge mentale ?

Ma sérénité a augmenté sensiblement, même si la charge mentale n’a pas disparu – après tout, je reste le moteur qui fait vivre tous ces outils. J’en suis heureuse cependant, car notre système me permet de cloisonner les sujets et d’économiser de l’énergie mentale au lieu de ruminer dans le vide à toute heure sans vision claire.

En retour, Monsieur Kowhai a réalisé la masse qui s’était accumulée sur mes épaules, et la tension qui en découlait. (Comprendre : il a dégluti bruyamment devant le Trello, et maugréé que c’était bien la peine de faire un petit mariage.)

Voilà donc le prix de ma santé mentale : je ne peux pas nier que le stress de mon fiancé a augmenté ces derniers mois, au fur et à mesure qu’il prenait sur lui certaines responsabilités. Mais pour nous, mariés modernes, « dans la joie comme dans la peine » peut aussi commencer avant de se dire oui, pas vrai ?

Et toi ? Tu as l’impression de porter exclusivement le poids de l’organisation du mariage ? Ton fiancé prend beaucoup d’initiatives ? As-tu mis en place des outils pour une meilleure répartition de la charge mentale ? Dis-moi tout…


Crédits photo : Petit Mariage entre Amis

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7 commentaires sur “La charge mentale mariagesque”

  • Très bonne chronique Mlle Fantail , un angle très intéressant ! Est-ce que l’aspect bi-culturel joue également un rôle ?
    De mon côté, double mariage Franco-danois: une cérémonie laïque en France avec vin d’honneur, dinner servi à table etc. et la cérémonie civile 3 semaines plus tard, au Danemark, avec une soirée buffet dans notre ville: clairement l’organisation du mariage français a demandé beaaauucoup plus de travail que le danois, et comme Mr C parle assez peu français, j’ai été la chef de projet de À à Z. L’avantage c’est qu’il était conscient de la charge mentale, j’ai fait une to-do list sur l’année avec les différentes tâches à réaliser tel ou tel mois pour qu’il se rende compte (et il n’a jamais dit « ça va, y a le temps » xD ). ce qui nous a aidé vers la fin c’est de déléguer toute une tâche plutôt que juste un aspect (par exemple, la deco de la cérémonie laïque: on a validé des idées, à toi de trouver le matériel, le réaliser et organiser le matériel et l’installation, tu me tiens au courant mais tu gères sans moi au maximum)

    Par contre on est à 2 semaines du mariage danois et je ne vois pas vraiment le retour d’asenceur. Alors oui c’est lui qui gères les rdv ou recherche Google, mais c’est moi qui doit lui demander « et les fleurs on peut les trouver où » « on va l’afficher comment notre plan de table » pour qu’il commence à s’en occuper. Je m’efforce de lui laisser la place de chef de projet et que les idées/solutions viennent de lui, heureusement qu’on a prévu un investissement minimum pour ce mariage, ça me permet de pas trop stresser et enfin « lâcher prise »….

  • Bonjour ! Merci pour cet article et ce soulignement de la “wedding charge mentale”. Je suis à 2 semaines du mariage, et j’ai vraiment ressenti cette charge et ce poids pendant tous nos préparatifs. En parler au cher et tendre n’aura jamais changé grand chose, que des “boaf, mais on a le temps”. En effet, il a commencé à se réveiller et à vouloir me faire faire des to do list à rallonge, et des plannings et tout depuis…. hier. Sauf que moi, avec 1 an de to do list et de planning dans la tete, je n’ai plus du tout envie. Idem avec la famille, tout le monde veut me parler du mariage, moi je n’ai qu’une envie, c’est de ne plus en entendre parler !
    Maintenant, j’ai envie de contempler tout ce que nous avons de prêt (soit presque vraiment tout) et de rêver notre joli jour, sans décider si on installera la déco le mercredi aprem ou le jeudi matin.

    Donc avis aux futures : parlez parlez parlez de votre mal être à votre fiancé(e), pour éviter que le seul mot “mariage” ne vous hérisse dès que quelqu’un mentionne cette journée !!

  • Quel article super intéressant !! Ici aussi, mon chéri ne s’est pas vraiment inquiété de ce qu’il y avait à faire parce que “tu gères tellement bien mon amour!” Voilà voilà… Mais il s’est réveillé dans le mois précédent, et finalement m’a dit qu’il regrettait de ne pas m’avoir plus aidé… Mais bon j’avoue, je suis une control freak, donc j’aimais bien tout gérer ^^

  • Un article d’utilité publique! Même si on ne peut pas dire que mon amoureux n’est pas impliqué dans le mariage, c’est moi qui reste le moteur du projet. En termes d’organisation j’ai utilisé mon bullet journal mais c’est vrai que ton tableau est utilise pour que tout le monde dans la maison puisse voir la liste des tâches à faire.
    Un de nos objectifs a été de faire le mariage le moins sexiste possible, on a réussi sur pas mal de choses pour l’instant mais difficile de répartir l’organisation.
    Merci encore pour cet article d’un angle intéressant!

  • Merci mme fantail!! Pour toutes ces astuces! Je suis en train de me rendre compte que j’ai laissé la charge mentale de la construction de notre maison à mon amoureux et que je me réserve pour celle du mariage(dans un an) on serait dit:”chacun son projet” mais finalement je vais peut être lui parler de to do liste pour la fin du projet afin qu’il garde le cap lui aussi 😊

  • J’adore toujours autant le ton de tes articles, mais surtout le fait que les sujets que tu développe sont hyper importants. Cette question de charge mentale revient très souvent, et c’est vrai que pour ce qui est de la préparation de mariage bah…nos hommes sont un peu voir carrément à l’ouest!
    Ici, c’est 3 semaines avant le mariage que Monsieur Blue s’est réveillé. On revenait du rendez-vous final avec la salle de réception et le traiteur, et lui , tout feu tout flamme , nous dit: Allez, je suis hyper motivé, on s’y met! Alors, qu’est-ce qu’on prépare?
    🙂
    Mais bon, je ne travaillais pas à ce moment, la préparation du mariage m’occupait bien l’esprit du coup 🙂

  • J’aime beaucoup l’angle développé sur cet article, je l’ai d’ailleurs transféré illico à mademoiselle Clyde qui à tendance à réagir exactement de la même façon que M. Kowhai.
    Je trouve ça vraiment important d’en parler parce que, quand on se lance dans le projet mariage c’est quand même énormément de choses à faire et à gérer. Je trouve que c’est un bon exercice pour la vie de couple en général ^^

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