Le stress des préparatifs est-il inévitable ?

J’ai été “témouine” du mariage de mon amie Sonia (prénom modifié) en 2013 et je me suis trouvée aux premières loges de ses nombreuses crises et angoisses durant les préparatifs. J’ai été sur le pont 7 jours sur 7 pendant environ 5 mois à jouer la conseillère, la médiatrice et la coach. Je peux dire que mon rôle de “témoin” je l’ai joué dans tous les sens du terme. Aujourd’hui on en rigole et Sonia reconnaît qu’elle a méchamment viré “Bridezilla” durant plusieurs (très) longues semaines avant le grand jour. Je me propose de partager avec toi le fruit de mon expérience de la gestion de crise prénuptiale et ce que j’en ai retenu… On ne sait jamais, ça pourrait peut-être te servir…

Angry bride

Crédits photo (creative commons) : Cheri J Photo

Mais pourquoi tant de stress ?

C’est la question que je me posais tous les jours. Sonia était devenue une vraie pile électrique et toute question, même mineure, relative au mariage, prenait des allures d’affaire d’état. J’étais d’autant plus étonnée qu’ayant organisé mon propre mariage en mode princesse dans le passé, je ne m’étais jamais mise dans des états pareils. Pourtant, je suis loin d’être la zénitude incarnée. C’était quoi alors le souci avec Sonia ? Elle allait se marier ! OK ! Son mariage était super important pour elle ! OK ! Elle voulait qu’il soit une réussite ! OK ! Jusque là je dirais qu’il n’y a rien d’exceptionnel pour une future mariée. Mais qu’est-ce qui faisait que Sonia se mettait “la rate au cours bouillon” de cette manière ?

Le petit souci de Sonia c’est qu’elle voulait à tout prix “réussir” son mariage c’est à dire faire que  son grand jour soit conforme à ses rêves et et ceux de son chéri. Elle voulait un mariage parfait qui resterait longtemps dans les mémoires, avec une ambiance de folie sur un îlot, par un temps de rêve, des animations inoubliables, un thème original…

Et c’est là que ça coince !

Tu te dis peut-être que tu ne vois pas où est le souci et que c’est le minimum qu’on puisse attendre du “plus beau jour de sa vie”. Certes, mais regarde bien. Il y a trois points qui posent souci là-dedans :

1 – Sonia voulait “réussir” son mariage;

2 – Elle voulait qu’il soit parfait;

3 – Elle voulait que tout le monde s’amuse comme jamais lors de la soirée sur l’îlot.

Reprenons point par point :

Sonia voulait réussir son mariage

Cela induit forcément qu’elle pouvait aussi le “rater”. Son mariage était donc investi d’un fort enjeu. Définition du mot “enjeu” selon mon ami Robert (le Petit) : Ce que l’on peut gagner ou perdre dans une entreprise quelconque. Sonia pouvait, selon ce raisonnement, perdre beaucoup dans cette affaire. Imagine le stress car le spectre de l’échec est proprement insupportable quand on parle de son mariage. Tu t’imaginerais assumer que tu as raté ton mariage ? Personne ne se relèverait d’un truc pareil, c’est le scénario catastrophe par excellence.

Sonia voulait un mariage parfait

Heu, aux dernières nouvelles la perfection n’est toujours pas de ce monde, pas plus pour les mariages que pour tout le reste. C’est une sorte d’idéal inatteignable qui n’a pas cours dans la réalité. Se fixer un objectif de perfection, cela veut dire courir sans fin après des chimères. Bien entendu, je ne fais pas l’apologie de la médiocrité mais entre l’excellence et la perfection il y a une ou deux petites nuances qu’il peut être utile de savoir discriminer. Si le perfectionnisme part d’une intention louable, ses inconvénients sont plus nombreux que ses avantages. Paretto, qui a donné son nom à la loi du même nom, nous explique que 80% des résultats sont obtenus par seulement 20% du travail ou de l’énergie dépensée. Bonne nouvelle car un ratio de 80% représente l’équivalent d’une note de 16/20, c’est à dire l’excellence. La mauvaise nouvelle c’est que dès que tu veux dépasser le niveau de l’excellence le ratio s’inverse et tu obtiens seulement 20% de résultat pour 80% de temps passé ou d’énergie dépensée. Ouille ! Tu comprends peut-être mieux pourquoi pinailler sur les détails finit par t’épuiser sans que tu ne sois pour autant satisfaite ?

C’est l’autre souci de la perfectionniste qui ne connaît pas le sentiment de satisfaction car elle mesure toute chose à l’aune d’un idéal qui n’est pas atteignable. Le sentiment de satisfaction peut intervenir mais il ne dure jamais très longtemps car la perfectionniste pense constamment que les choses auraient pu être mieux faites, qu’il y a encore beaucoup à faire et elle a tendance à être sévère avec elle-même. Sans parler de la simple vision de la liste de tâches, qui s’allonge de jour en jour vu le temps passé à accomplir la moindre d’entre elle…

Sonia voulait que tout le monde s’amuse à son mariage

Même si je comprenais très bien ses envies, tout ceci n’était hélas pas réaliste. En effet, on ne peut pas contrôler précisément le degré d’appréciation des invités car chacun exprime différemment son contentement et son plaisir… Et certains ont le plaisir discret. D’autre part, certaines personnes ne s’amusent pas pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le mariage : soucis personnels, fatigue, complexes et difficultés en société etc. Et ça, impossible de le contrôler. Un autre élément sur lequel nous n’avons que peu de pouvoir concerne la météo. Alors même si toute future mariée espère un temps béni pour le grand jour, elle n’a aucune maîtrise sur ce point même en plein mois de novembre à Nouméa (le plus beau mois de l’année ou presque). Tout cela veut dire que se fixer des objectifs dont nous ne sommes pas maîtres est la meilleure manière de s’infliger un niveau de stress épouvantable.

Tu comprends sûrement mieux pourquoi mon amie Sonia était dans cet état qui finissait par déteindre sur son futur mari et ses proches. Comment nous en sommes-nous sorties ? Son autre amie, qui était également témoin, m’a supplié de faire quelque chose et nous avons organisé une réunion de crise. Après avoir demandé à Sonia comment elle allait et écouté patiemment la longue litanie de ses dilemmes liés au mariage, que nous connaissions d’ailleurs par cœur, je lui ai proposé un petit “jeu”.

Anxious bride

Crédits photo (creative commons) : Unsplash

Le jeu de la vérité

Je lui ai proposé de prendre une feuille et un stylo et de noter les critères qui feraient de son mariage un événement réussi. Puis, je lui ai demandé de noter ce qui en ferait un événement raté, toujours selon ses critères. Enfin, je lui ai demandé d’attribuer un pourcentage à chaque item en fonction de son degré de contrôle sur la chose. Evidemment à chaque étape je lui faisais préciser ses critères et lui posais des questions carrément orientées pour lui permettre de réaliser qu’il y avait pas mal d’éléments qu’elle ne maîtriserait pas même en y travaillant jour et nuit. Puis je lui ai parlé de la loi de Paretto en imageant mes propos avec des exemples récents où elle avait passé des heures sur des détails qu’elle était la seule à distinguer. Pour finir nous avons parlé de l’enjeu inconscient que le mariage représentait pour elle. Elle a pris conscience qu’elle voulait impressionner ses parents qui avaient, selon elle, plus d’admiration pour sa sœur aînée qui avait notamment fait un très beau mariage deux ans auparavant. Après de longs échanges sur le sujet elle a admis qu’elle s’épuisait depuis l’enfance à vouloir prouver sa valeur et que son mariage n’y échappait pas. Comme beaucoup de perfectionnistes, elle se valorisait par ce qu’elle faisait (le faire) et non par qui elle était (l’être) et elle a réalisé que son éducation avait favorisé cela. Ses parents lui montraient, selon ses souvenirs, leur amour et leur admiration seulement quand elle faisait (très) bien les choses : bonnes notes à l’école, chambre impeccable etc….

Si tu te reconnais dans ce tableau, même en version édulcorée, je te propose de reprendre mon petit jeu avec une personne proche. Mais attention, choisis impérativement quelqu’un de bienveillant (exit la copine cash) qui cherche à te comprendre et à t’aider plutôt qu’à te convaincre et à te juger. En étant très honnête avec toi-même et tes motivations profondes tu feras des prises de conscience intéressantes qui te permettront de gagner en sérénité et t’épargneront un temps fou pour profiter de ces quelques mois très intenses. C’est ce qui s’est passé pour Sonia après cette réunion de crise.

Il y a eu néanmoins d’autres sujets à “travailler” avec elle durant ces préparatifs…. et je te les raconterai la prochaine fois…

Et toi, tu te reconnais un peu, beaucoup ou passionnément dans ce tableau ? Tu fais comment pour gérer ? Raconte !


Crédits photo : Petit Mariage entre Amis

Pssst ! Tu as vu la nouveauté de Petit Mariage entre Amis ? Ce sont les “Petits Tattoos” ! Nous sommes totalement conquises chez Mademoiselle Dentelle : c’est une chouette idée à retenir pour une animation originale le jour J ! Regarde vite par ici !



8 commentaires sur “Le stress des préparatifs est-il inévitable ?”

  • Merci pour cet article plein de sens. Tu as un recul extraordinaire sur les préparatifs.
    J’avoue avoir mis du temps à prendre du recul, et à prendre conscience qu’un mariage “imparfait” était d’autant plus parfait justement grâce à ses petits couacs (en tout cas d’après tout ce que nos copines chroniqueuses nous disent 🙂 )

  • Tu es la sagesse et le bon sens incarnés, Mademoiselle Ambrym ! Cette image de la “bridezilla” me faisait vraiment peur et j’espère que mon entourage ne m’a jamais considérée comme tel…ou bien, si cela était le cas, qu’un(e) ami(e) aurais pris le temps de me calmer avec autant de diplomatie et de bienveillance que toi ! 🙂

  • La psychologie du mariage et de la mariée. C’est vrai que quand on voit le temps, l’énergie et la passion que l’on peut consacrer à cette journée il y a une certaine pression et de nombreuses angoisses qui peuvent remonter à la surface. Finalement, organiser son mariage est aujourd’hui une véritable épreuve de vie car on doit affirmer et assumer ses choix face à des parents pas toujours compréhensifs.
    Ma mère me disait que quand elle s’est mariée, il y a plus de 30 ans, ce sont mes grands parents qui ont tout organisés (en même temps ils avait 20 ans, et 10 ans en arrière je ne me verrai pas non plus organiser mon mariage).

  • C’est une vraie thérapie que tu as fait passer à ton amie. Merci pour cette analyse pleine de bon sens et de profondeur.
    J’ajouterai un truc: le terme très éloquent choisi par Sonia “réussir son mariage”, est révélateur je pense. A mon avis le coeur du truc c’est vraiment l’engagement qui est pris entre les époux. Réussir son mariage va (heureusement) bien au delà de réussir sa fête de mariage. Je pense qu’il est bon de se rappeler de temps en temps de l’engagement qu’on prend en couple, et prendre un peu de recul sur les petits aléas de l’organisation de la noce.

  • Merci pour ce bel article empreint de lucidité et d’une telle bienveillance Melle Ambrym. Ton amie a une chance fabuleuse de t’avoir à ses côtés 🙂

  • Pour moi une bonne partie du stress vient aussi des nombreux blogs mariage qu’on peut lire pendant les préparatifs.
    Au début on vient juste prendre des idées, et puis finalement on tombe dans l’engrenage de la comparaison et biiim le stress arrive !

    On a reproché aux mariages “d’avant” d’avoir leur lot d’éléments obligatoires : robe blanche, pièce montée, valse en ouverture de bal et voile à l’église. Alors c’est vrai qu’aujourd’hui le mariage s’est “libéré” mais pour beaucoup de gens malheureusement ces anciens “standards” ont été remplacés par de nouveaux : candy bar, photoboot, photographe pro, dress code,…
    Et avec Internet on a en + le poids de milliers d’images, et ça, ça peut mettre une pression incroyable.

    Ça vaut peut-être le coup d’arrêter de temps en temps pinterest et compagnie et de se recentrer sur l’essentiel :-).

  • Toujours autant de sagesse dans tes chroniques Mlle Ambrym ! Je n’ai pas échappé au stress des préparatifs mais heureusement j’ai su lâcher du lest… Aujourd’hui, plus on avance et mieux je me sens, je me suis délestée de tout un tas de détails qui n’ont aucune importance… Reste quand même le stress inévitable à l’approche du jour J… 😉

  • J’adore véritablement tes chronique Mlle Ambrym !!! On sent une vraie sagesse dans ce que tu écris.

    Non, le stress n’est pas obligatoire. J’espère bien que j’y échapperai. Chaque fois que je commence un peu à me mettre a rate au court bouillon, je me raisonne : l’important c’est d’épouser l’homme de ma vie peu importe le superflu. Mais il est vrai que je suis la première de ma famille à me marier depuis ma tante il y a 20 ans, je n’ai donc pas l’angoisse de la comparaison.

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