Ma demande en mariage gâchée : un moment drôle, citadin et poétique à raconter à nos enfants.

Je n’ai jamais aimé attendre, j’ai toujours foncé une fois mes décisions prises.

Alors quand il m’est venu cette idée saugrenue d’épouser Monsieur Frette (à peu près au même moment où j’ai réalisé que le mariage était sans doute la dernière inconscience dont je n’avais pas fait preuve au cours de ma vie), parce que, un génome pareil, ah non mais pas question de prendre le risque qu’il se perde dans la nature, j’ai dû me rendre à l’évidence, nous n’étions officiellement ensemble que depuis 6 5 4 3 2 1 mois (à peu près). Il était donc peu probable qu’il fasse sa demande dans un délai acceptable pour moi (c’est-à-dire pour hier).

Ma demande en mariage

Crédits photo (creative commons) : Prayitno

Monsieur Frette, veux-tu m’épouser ?

J’ai donc décidé de prendre en charge cette étape un peu obligée, d’internaliser ce process un rien gnan-gnan, vu et revu, et pas vraiment ma came pour tout te dire. Après avoir mûri ma réflexion (un dixième de seconde), je ne tenais plus en place, mi-princesse mi-furieuse mi-chevalier, estomaquée par l’enjeu et l’excitation d’une telle demande.

Ma première question fut assez pragmatique : quand ?

Oui, il paraît qu’il faut choisir le bon moment. Il est vrai qu’on me prête parfois une tendance (très exagérée) à l’originalité mais je n’avais pas non plus envie de faire ma demande pendant qu’il se brossait les dents ou en attendant le métro. Ah oui, tu ne le sais peut-être pas encore, mais Monsieur Frette et moi sommes musiciens. C’est important. L’occasion était toute trouvée : nous approchions de la fête de la musique ! LA FÊTE DE LA MUSIQUE ! Ça avait de l’allure !

Notre groupe devait jouer dans un bistrot parisien pour l’occasion. Rien de plus facile que de mettre mes autres musiciens dans le coup : au milieu du set, je ferais une chanson surprise, rien que moi, rien que pour lui, guitare-voix, une reprise toute douce et pleine de guimauve qui aurait raison de son cœur déjà tout tendre. Puis je lui demanderais sa main en public.

Alors oui, toi qui me lis, sache que j’avais eu le droit à toutes sortes de mises en gardes sur la demande en public, le caractère embarrassant, la « prise en otage » que ça peut représenter pour certains, et que oui, j’en avais tenu compte.

C’est-à-dire en décidant que ça ne nous concernait pas du tout. Et le ROCK bordel !
Bref.

J’avais donc prévenu mes musiciens, choisi ma chanson (I Wanna Hold Your Hand, The Beatles), répété, enregistré, écouté, re-répété, etc. Le plus difficile étant (je peux bien le confesser ici, toute drapée d’anonymat que je suis) de parvenir au bout de la chanson sans pleurer comme une… heu… enfin comme un truc qui pleure quoi.

J’avais même, et j’avoue, j’ai aimé ça, répété ce moment incroyable, ce saut dans le vide, cette rupture dans l’ordre de l’univers que représente ce simple fait de se mettre à genoux devant l’aimé et de dire, veux-tu de moi, veux-tu de moi à ce point, pour la vie, toi qui es si beau et moi qui suis invivable : veux-tu m’épouser ?

J’avais prévenu mes musiciens, mes amis, le chat, la terre entière, toute fière de ma folie, aussi pour me donner le courage, pour ne plus pouvoir reculer le moment venu.

Ma demande en mariage sur un air de guitare

Crédits photo (creative commons) : Richard Heaven

Mais, rien ne se déroule parfois comme prévu…

Évidemment, tu me lis depuis quelques paragraphes et tu aimerais bien savoir comment mon plan amoureusement machiavélique a pu déraper… j’y viens.

Un groupe de rock, c’est assez imprévisible. Oui, sache-le, ce n’est pas une légende, les musiciens font n’importe quoi. Ils sont prêts à tous les excès pour se faire remarquer. Boire comme des cochons et se battre comme des poivrots par exemple. Sans raison (valable pour quelqu’un de normal).

Donc tu l’auras deviné, alors que nous étions prêts à démarrer le concert, deux de mes musiciens se sont battus comme des idiots, jurant qu’ils ne joueraient plus jamais ensemble, JAMAIS ! Et ce, à quelques minutes du moment le plus important de ma vie (enfin, cette année-là). Sous ma mine déconfite, ma demande en mariage s’éloignait en me narguant dans des vapeurs de bière. Mon estomac digérant les kilomètres d’ongles que j’avais rongés ces derniers jours à l’idée que Monsieur Frette puisse me rire au nez en croyant à une plaisanterie.

Il faut m’imaginer, les bras ballants, les yeux humides, au milieu des parisiens venus écouter de la musique dans ce petit coin du 15e, espérer encore, mais sans réellement y croire, que ces deux imbéciles finissent par se souvenir que notre concert de ce soir était très spécial. Mais non.

Il paraît que les breton(ne)s sont têtu(e)s.

Qu’à cela ne tienne, bouillante de rage (c’est-à-dire le degré zéro de compatibilité avec une attitude douce et romantique), j’ai pris ma guitare dans une main, mon mec (enfin sa main) dans l’autre.

Je ris encore à ce souvenir de Monsieur Frette suivant sans comprendre sa petite lionne hystérique dans les rues de Paris, petite chose amoureuse cherchant frénétiquement un petit coin, rien qu’un petit coin tranquille et pas trop moche pour lui signifier mon désir de l’aimer éternellement.

Après une dizaine de minutes à tourner dans le quartier et à traîner derrière moi un homme (fort joli) ahuri et répétant inlassablement « maiskesskisspaassse ? », tant pis, aucun coin romantique, mais je le veux, je le veux, alors tant pis.

Je l’ai assis, comme une poupée de mes rêves sur le rebord d’une fenêtre et je me suis posée à côté. J’ai commencé la chanson, tremblante. Ne pas oublier les accords, ne pas oublier le texte, essayer de donner de l’émotion malgré toutes ces infernales choses à ne pas oublier. J’avais touché juste : Monsieur Frette adore cette chanson, qui est si belle il faut bien le dire. À la fin de la chanson, je lui aurais vendu n’importe quoi, y compris l’intégrale d’André Rieu en version collector ! Conquis, il était.

Monsieur Frette me dira plus tard qu’à ce moment précis de l’histoire, il ne se doutait pas une seconde de mon intention, que certes mon attitude lui paraissait un peu affectée pour une simple chanson mais qu’il pensait que c’était là la fin de la surprise.

J’ai posé la guitare contre le mur de l’immeuble et je l’ai fait. Pas du tout avec les mots que j’avais tant répétés, parce qu’il était impossible de tous les dire sans tomber, sans me fissurer sous la force de l’immense beauté de ce qui était en train de se produire.

Je me suis mise à genoux.
J’ai pris sa main.
J’ai dit, comme une urgence, comme une respiration, comme un cri d’enfant :
“Veux-tu m’épouser ?”
Un « oui » plus tard, le monde avait définitivement changé.

Et pour toi, comment et où a eu lieu ta demande en mariage ? Est-ce toi qui a fait le premier pas ? Tout s’est-il déroulé comme prévu ? Raconte-moi !


Crédits photo : Petit Mariage entre Amis

Pssst ! Tu as vu la nouveauté de Petit Mariage entre Amis ? Ce sont les “Petits Tattoos” ! Nous sommes totalement conquises chez Mademoiselle Dentelle : c’est une chouette idée à retenir pour une animation originale le jour J ! Regarde vite par ici !



33 commentaires sur “Ma demande en mariage gâchée : un moment drôle, citadin et poétique à raconter à nos enfants.”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *