Se marier avec beaucoup de joie après un deuil

En juillet 2008, 2 ans avant notre mariage, la mère de M. Dentelle décède d’un cancer.

Depuis toujours, la tristesse et moi ne sommes pas amies. Je me bats bec et ongles pour ne pas la sentir de peur qu’elle m’engloutisse complètement. Mais j’ai lu qu’il faut pleurer pour évacuer la tristesse et se remettre d’un deuil. Alors une fois n’est pas coutume, je me permets de sentir un peu et de pleurer beaucoup. C’est ce qu’il faut faire, n’est-ce pas ? Alors je mets en suspens ma vie et je mets toute mon énergie à traverser le deuil.

Quelques mois plus tard, le voile commence à se lever. De quotidiens, les pleurs sont devenus plus occasionnels. La vie continue, comme on dit. Et quelle meilleure manière de célébrer la vie que de la donner ? Cela semble le bon moment pour nous. En décembre,  je tombe enceinte.

Puis, en mars, M. Dentelle me demande en mariage. D’un coup, voilà une bouffée de joie et d’activité ! Plein de détails à imaginer et de choses à faire ! J’ai l’impression de revivre.

C’est sûr désormais, ce deuil est terminé. Enfin, nous pouvons reprendre notre vie et tourner la page.

Rapidement, nous décidons que le mariage aura lieu dans la propriété familiale. Une maison de famille que la mère de M. Dentelle avait passé des mois à retaper. Elle y organisait de fréquentes réunions familiales. Elle avait planté des arbres dans le jardin et décoré la maison à grand renfort de coquelicots, sa fleur préférée.

Une semaine plus tard, nous apprenons que le bébé que je porte est une petite fille. BelleMamanDentelle, mère de 3 garçons, parlait encore avec des larmes dans les yeux de son regret de ne pas avoir eu de fille plus de 20 ans après la naissance de son cadet. Nous étions très proches et à son enterrement, plusieurs personnes m’ont dit qu’elle me considérait comme la fille qu’elle n’avait pas eu.

En juillet 2009, un an après sa mort, me voilà attendant la petite fille qu’elle espérait tant et organisant une grande fête dans sa maison pour y épouser son fils.

Gloups.

Les hormones aidant, les crises de larmes quotidiennes reviennent. Elle me manque terriblement. Le vide qu’elle avait comblé sans que je le sache est à nouveau béant… et ça fait si mal !

En plus de la tristesse, je suis envahie par une grande colère et surtout, par des doutes énormes. Les questions m’assaillent de toutes parts :

  • Est-ce que nous avons fait le bon choix de nous marier dans la propriété familiale ?
  • Est-ce qu’il n’aurait pas fallu qu’on attende un peu plus longtemps avant de se marier ?
  • Quelle image ce mariage et ce bébé si proche du décès de BelleMamanDentelle donnent de nous ?
  • Comment est-ce que je vais réussir à organiser ce mariage sans son aide ?
  • Est-ce que ma tristesse si présente va gâcher le jour du mariage ?

Puis mon bébé naît et ces questions sont reléguées au second plan. Mes émotions en revanche semblent amplifiées par l’arrivée de cette petite fille. J’alterne entre des moments de très grand bonheur, d’autres de profonde tristesse et d’autres encore de culpabilité intense.

Je suis vivante, j’ai une magnifique petite fille, le mariage avec l’homme de ma vie approche … mais elle n’est pas là. Je survis en me pongeant dans les préparatifs pour éviter de sentir la tristesse, que je trouve totalement démesurée. Je croyais pourtant l’avoir fini, ce deuil ! Combien de temps est-ce que cette histoire va encore durer, bon sang !?

Le jour du mariage, nous évoquons sa disparition lors de la cérémonie. Et comme prévu, son absence est criante.

Mais étonnamment, sa présence aussi.

Elle est là.
Dans le bouquet de faux coquelicots sur la table du buffet.
Dans l’érable du japon sous lequel nous nous marions.
Dans la voix de son frère, notre maître de cérémonie.

Elle est partout.

Ma tristesse, elle, s’est muée en une sorte de nostalgie sourde et joyeuse. Comme si la tristesse et le bonheur avaient posé leurs bagages et décidé d’emménager ensemble pour de bon.

Et enfin, je comprends que la fin d’un deuil ne se décrète pas comme ça.
Que la vie n’est pas linéaire, avec une période de X mois pour pleurer et une autre de Y mois pour rire. Tout s’entrelace.

Je comprends qu’on a bien fait de ne pas attendre pour nous marier. Que faire le deuil ne veut pas dire s’arrêter de vivre. Que contrairement à ce que je pensais, on peut tout à fait être remplie à ras bord de joie tout en gardant une place dans son coeur pour pleurer une absente.

Je comprends que cette femme sera pour toujours là pour moi.
Dans les yeux de son fils qui me considère avec tendresse et compréhension.
Dans le regard de mes enfants que j’élève mieux parce que j’ai eu la chance de la rencontrer.
Dans le coeur de la femme que je suis aujourd’hui.

Malgré la tristesse. Ou peut-être grâce à elle.


Crédits photo : Petit Mariage entre Amis

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29 commentaires sur “Se marier avec beaucoup de joie après un deuil”

  • mon papa n’etait pas là à mon mariage en 2010. car il est décédé en 1997.
    j’ai pensé à lui pendant la cérémonie, parfois la gorge serrée et les larmes aux yeux, parfois en souriant.

    j’ai envie de te faire des gros calins.

  • Rempli d’émotion ton petit post d’aujourd’hui.

    Un deuil ne se décrète pas effectivement. J’ai perdu mon papi, qui a jouer le rôle de papa pour moi, il y a deux ans. Les leurs sont de plus en plus espacer mais ne disparaissent pas. et puis dans un sens, c’est ça aussi la vie, se souvenir des gens qui ne sont plus là et qui nous on fait devenir ce que nous sommes aujourd’hui.

    Des bisous de réconforts

  • Superbe post mais à ne lire que le soir de retour du boulot si non retour a la case salle de bain pour retouche maquillage ….. A mes yeux quelqu’un ne disparaît vraiment que lorsque plus personne ne pense à lui quelque part alors ceux que nous aimons sont toujours un peu là pour nous insuffler le courage d’aller de l’avant. Jolie journee a toi et ceux qui te sont chers

    Peu là

  • Il y a des gens que l’on veut absolument près de nous pour notre mariage, moi je croise fort mes petits doigts pour que mes grands-parents soient toujours là! Ton texte est très beau.

  • Que d’émotions aujourd’hui! Ton post me touche énormément. Notre mariage religieux est prévu en mai 2012. Mais la maman de mon fiancé étant malade du cancer depuis l’an passé, nous avons décidé en aout d’avancer la date du mariage civil « juste au cas ou – WCS », et voilà qu’elle nous a quitté samedi. Nous l’avons enterrée hier dans les larmes et la tristesse.

    Mon papa étant décédé depuis près de 8 ans, ma première question après avoir été demandée en mariage était: « Mais comment je vais faire pour aller à l’église sans mon papa? »

    Et puis on réalise la force de l’être humain, capable de survivre à tout, capable de surmonter des tristesses et des vides abyssaux. Et ca c’est énorme!!!

    Merci Madame Dentelle, pour ton post très à-propos.

  • Très bel article, très joliment écrit comme à ton habitude…Moi et mon chéri avons décidé de nous marier tôt (à 25 ans, à peine les études finies), afin d’offrir une belle journée et de partager ce moment de bonheur avec le maximum de monde, notamment nos grands-parent et plus nous avançons dans le temps, plus nous confirmons ce choix. Ton post me conforte encore dans cette décision: il faut profiter de ceux que l’on aime avant qu’il ne soit trop tard…

  • C’est un très beau témoignage Mademoiselle Dentelle…
    Je cherche encore à comprendre et à mettre des mots sur un décès en 1998.
    J’essaie de trouver un moyen de combler le vide qu’il y aura au mariage…
    Je ne sais pas encore.

  • Mon grand père est décédé il y a deux ans. A l’époque, ma cousine s’était mariée à peine un mois après son décès. Pour nous il était logique que le mariage se fasse. Je ne pense pas que cela ait choqué qui que ce soit. Mais pour mon mariage deux ans après, j’avoue qu’il me manquait. Dans ma famille on a jamais su exprimer nos sentiments donc on ne parlait pas avec mon grand père, mais deux ans après je n’arrive toujours pas à aller me recueillir sur sa tombe sans pleurer. Merci pour ce joli témoignage

  • Un très beau texte, qui, je l’espère, redonnera un peu de baume au cœur à ceux qui ont perdu un être cher et envisagent de vivre un grand bonheur. Je sais que j’ai beaucoup de chance de ne pas avoir vécu un grand deuil jusqu’à présent, et d’avoir pu me marier entourée de ceux que j’aime.

  • Ca ne doit pas être évident de se marier sans un de ses parents. Moi j’ai tjs peur de perdre un de mes parents, à chaque fois qu’ils partent en voyage qu’ils prennent le voiture pr un long trajet je stresse et depuis que je sais que je vais me marier je stresse encore plus. J’ai jms eu trop de chance dans ma vie, je connais la maladie depuis ma naissance et pourtant j’ai moins peur pr moi que pr les membres de ma famille qui st eux pourtant en bonne santé et j’ai vraiment peur qu’il arrive quelque chose à quelqun en ce moment je ne sais pas pourquoi… Parce que je me dis que je ne peux pas vivre un évènement heureux sans qu’il ne se passe quelque chose de catastrophique puisque ça a tjs été comme ça depuis ma naissance!!!!

  • Très émouvant Mademoiselle dentelle, texte magnifique , les frissons sont bien présents après la lecture de ton texte, les pensées aussi…
    Je partage les mêmes sentiments de présence de la maman de M.Dentelle le jour du mariage.

  • bonjour,
    je lis attentivement ton blog depuis plusieurs mois, et l’article d’aujourd’hui me touche particulièrement.
    cela fait des mois que je cherche les mots pour exprimer tout ça, ce manque, cette peine, ce vide laissé…
    mon fiancé a perdu son frère il y a un an, le jour du mariage de son autre frère… mariage volontairement avancé pour que la famille soit au complèt.
    Tout le monde s’était, à sa façon, préparé à ce départ… mais pas si tôt, pas ce jour là…
    inutile de dire à quel point cette journée a été difficile… même si tout le monde a essayé de retenir ses larmes et de sourire …
    nous nous marions dans quelques mois, et n’avons meme pas eu le temps de le lui dire…lui qui nous tannait tant pour qu’on se marie…
    je sais qu’il sera là, quelque part, avec nous.
    Merci pour cet article (et les autres).

  • Bon euh comment dire… rien qu’au titre je savais que j’aurais du attendre d’être chez moi, plutot qu’au bureau, pour lire la suite !!
    C’est tellement émouvant ce que tu décris.

    a notre mariage il me manquait une grand mère et un grand père mais ils étaient là, dans mon cœur biensur mais dans tellement d’autres ! Et notre thème qui rendait hommage aux mariés de notre famille les a placé au centre des festivités (centre de table avec photo le jour de leur mariage)… la boucle est bouclée comme on dit !

    En mm tps je ne suis pas sure que j’aurais pu émotionnellement me marier proche d’un décès, moi ils ont disparus en 1993 et 1995 ça laisse le temps de « digérer »

  • Merci pour cet article très émouvant et qui m’a replongé dans mes questionnements d’il y a quelques mois. Je me retrouve complètement dans tout ce que tu as écrit, décrit, ressenti ( notamment le sentiment de culpabilité). Je ne crois pas qu’on se remette vraiment de la perte d’un être cher ( d’ailleurs, je ne comprends pas l’expression  » faire son deuil »). Il y a un avant et un après: on est différent.Il reste les souvenirs et une indescriptible présence. Encore merci.

  • Comme beaucoup, là tout de suite j’aurais voulu te prendre dans mes bras et te faire un gros calin plein de tendresse.

    J’ai lu ton message d’amour hier en arrivant de l’aéroport… Je venais de quitter ma famille après 1 mois de vacances auprès d’eux…

    Tes mots sont si justes et si touchants, qu’on ne peut pas rester indifférents. Merci pour ce beau message, qui aidera je pense de nombreux mariés ou futurs mariés.

    Il manquait à mon mariage 2 personnes qui m’étaient chères. Ils ont été tout deux dans mon cœur et dans chacun de mes sourires à chaque instant. Ils m’ont manqué tous deux mais m’ont apporté tellement en ce si beau jour où nous nous sommes unis…

    De gros bisous Madame Dentelle.

  • Merci pour ton émouvant article…
    Je me suis mariée cet été, mon mari a perdu son meilleur ami 2 mois avant, ma meilleure amie a perdu sa maman 3 semaines avant et j’ai perdu un collègue très proche 15 jours avant…3 suicides. Cela a été assez difficile de se remettre dans les préparatifs mais on a trouvé la force et le jour j nous leur avons rendu hommage dans nos discours subtilement et simplement. Ils nous beaucoup manqué mais ils restent avec nous dans nos cœurs.

  • Que d’amour dans ton temoignage et dans tous ces commentaires!!!
    tous nos proches perdus doivent etre heureux de savoir qu’ils sont malgre tout encore la pour partager nos petits et grands evenements!!

    tres beau temoignage merci!!

  • C’est magnifique, une connaissance a perdu son grand-père 2 semaines avant son mariage et je me demandais justement comment on pouvait gérer un deuil pendant un mariage. Comme toujours les réponses sont chez Melle Dentelle 🙂

  • Aujourd’hui, je ne sais pas comment je vais supporter l’absence de mon papa ce jour là…
    Nous avons décidé de nous marier en juillet dernier. Nous avons appris que mon papa avait une tumeur cancereuse qu’il devait se faire enlever il y a quelques semaines, il n’est jamais sorti de l’hôpital. Nous nous marions dans 3 mois.
    Ma tête n’est plus à la fête… J’espère que le voile dont tu parles aura commencé à se lever d’ici là.
    Pour m’aider un peu, je parle, je parle, je lis et je parle…

  • bonjour moi j’ai perdu mon papa une semaine avant mon mariage il y a 2 mois , et je l’ai enterrer le jour qui aurai été le jour de mon mariage donc j’ai tout annuler et la aujourd’hui nous avons remit une date qui est le 19 octobre et je voudrais avoir de l’aide pour refaire des faire parts avec une phrase d’accroche donc si vous avez des idées je suis preneuse merci

  • Ton article m’a beaucoup touchée, j’ai été obligée de cacher mes petites larmes derrière mon écran d’ordinateur… Mon fiancé a perdu sa maman brutalement en mars, et notre mariage est prévu dans quelques mois à peine. Elle nous manque beaucoup et je sais que son absence sera encore plus déchirante le jour J. C’est quelque chose que j’appréhende énormément, même si je n’ose pas en parler avec mon chéri. C’est toujours réconfortant de voir que malgré la tristesse et la place horriblement vide, nombreuses sont celles qui ont réussi à transformer cette absence en une nostalgie positive. J’espère pouvoir garder mon aplomb et trouver les mots justes pour ceux qui en auront encore plus besoin que moi le jour J… Merci pour ton témoignage !

  • Bonjour,
    Très bel article, émouvant……
    Je me marie en avril 2016 et j’ai perdu mon papa il y a bientôt deux ans et ma mère s’est éteinte après un combat contre un cancer en novembre dernier.
    J’ai eu le temps de lui annoncer notre mariage et à peine eu le temps de lui montrer ma robe.
    Je voulais vraiment l’avoir à mes côtés ce jour là comme mon papa.
    J’ai prévu une photo de mariage de mes parents et de mes beaux-parents qui seront présents eux.
    Ils vivent à travers nous et seront avec moi spécialement ce jour là.

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