Les différences culturelles dans notre couple mixte

Ce qu’un fiancé du bout du monde m’a appris sur les différences culturelles

Aaaaaah, Monsieur Kowhai.

Il est grand. Il est beau. Il sent bon le sable chaud. En plus d’être dépositaire de toutes les qualités que je pourrais rechercher chez un homme, il a ce côté exotique, qui me permet d’élargir mes horizons.

… Et pourtant, je ressens parfois une vive tentation de présenter sa gencive à mon fameux crochet du droit, car décidément, je n’arrive pas à comprendre certaines de ses lubies.

Bienvenue dans le maelström de sentiments qui agite un couple multiculturel !

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Crédits photo (creative commons) : Pexels

Avant de rencontrer mon amoureux, j’avais entendu parler de diversité comme d’un sujet in, sans comprendre son importance.

Fréquenter assidûment un Anglo-Saxon m’a permis de saisir à quel point les croyances et systèmes de valeurs varient d’un groupe de personnes à l’autre… Mais au bout de quatre années d’un exercice de communication continu avec Monsieur Kowhai, nous pensions avoir fait le tour de nos différences.

Que nenni ! Voici deux choses que mes fiançailles m’ont appris dans le domaine.

1. Questionner l’évidence, ou notre vision de la relation maritale

J’ai mentionné précédemment qu’avant de nous fiancer, Monsieur Kowhai et moi avions eu beaucoup de désaccords sur le sens de cet engagement. De ce point de vue, nous pouvons remercier les systèmes légaux de nos pays respectifs :

  • En France, sans être aussi incontournable qu’auparavant, le mariage demeure une institution à la valeur légale respectée (notamment en cas de succession). Pour les Français, il est donc souvent considéré comme un important changement de statut (la manière dont la relation est perçue par la société).
  • En Nouvelle-Zélande, en revanche, il existe un terme juridique appelé « union de facto », dont tu as deviné l’emploi si tu es latiniste : sans union légale, un juge peut considérer un couple comme marié et lui appliquer la loi familiale si, dans les faits, il présente des indices de vie en ménage : le partage des finances, par exemple. Du point de vue légal, se marier n’apporte donc pas grand-chose.
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Tu devines la suite : il nous a fallu deux ans et un changement de pays pour nous rendre compte que nous n’avions pas les mêmes croyances fondamentales sur le sujet. Avant ça, nous avons eu beaucoup de dialogues comme celui-ci (dans ma grande mansuétude, je te fournis les clés de traduction qui nous ont fait défaut) :

MADEMOISELLE FANTAIL : Mais, tu ne veux pas te marier ?
Clé de traduction : La question innocente par laquelle le drame arrive.

MONSIEUR KOWHAI : Je n’ai pas dit ça, mais le faire ne change rien à notre relation. C’est juste un papier qu’on signe symboliquement.
Clé de traduction : Monsieur Kowhai exprime son opinion façonnée par la culture kiwi : juridiquement, le mariage ne va rien changer, ni à notre statut, ni à notre relation. Il le considère plutôt comme un rite de passage intéressant.

MADEMOISELLE FANTAIL : Queuâh ? Donc pour toi, le mariage ne sert à rien, c’est ça ? Mais c’est un changement de statut important !
Clé de traduction : J’interprète la réponse de Monsieur Kowhai comme une déclaration anti-mariage, puisqu’en France, le mariage a une utilité légale. S’il le présente ainsi, c’est donc qu’il a un dégoût que je juge irrationnel de cette institution. Je monte donc instantanément au créneau et exprime en retour mon point de vue façonné par ma culture.

MONSIEUR KOWHAI : N’importe quoi ! Je ne partage pas du tout ce point de vue selon lequel ton mariage te change et te rend meilleur. On restera les mêmes !
Clé de traduction : Monsieur Kowhai, à son tour, interprète ma réponse de sa perspective : je ne peux pas vraiment parler de statut, puisqu’en Nouvelle-Zélande, un couple de facto possède déjà une légitimité vis-à-vis de la société. C’est donc que je crois qu’un mariage va améliorer notre relation amoureuse, ce qu’il rejette totalement.

… Et voilà comment, en quatre réponses, une complète mésentente peut s’installer entre deux individus qui désirent pourtant la même chose : s’épouser !

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Cette histoire nous a rappelé l’importance de nous remettre en question. Depuis, nous essayons autant que possible de reformuler et de faire confirmer ce que nous entendons. Et nous nous posons les questions suivantes : quelles sont mes hypothèses de départ ? Ces hypothèses pourraient-elles différer pour l’autre ? 

2. Dépasser le jugement, ou comprendre comment nous en sommes arrivés là

Reconnaître une disparité culturelle, cependant, ne signifie pas l’accepter !

Idéalement, j’aurais constamment les chakras ouverts à la tolérance universelle. Mais n’ayant pas suivi une formation de gourou zen, je suis loin d’avoir le recul nécessaire H24, alors je tente de tempérer mes jugements de valeur en m’attachant à comprendre l’origine des croyances de mon amoureux.

Voici un exemple :

Il est courant, en Nouvelle-Zélande, de collecter des données que toi et moi considérerions comme taboues. Et lors de notre préparation au mariage religieux, ça n’a pas coupé : l’église qui nous accueillait nous a remis une jolie petite fiche de « renseignements » nous demandant notre ethnie. Aïe.

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Monsieur Kowhai, pour qui ces questions sont très naturelles, a souri en coin devant mon roulement d’yeux et mon soupir excédé alors que je marquais en capitales très appuyées : « autre : NON PERTINENT » (souligné deux fois). « Qu’est-ce que cette information peut bien faire à une église ? » ai-je murmuré furieusement. Dieu ne discriminant a priori pas ses brebis, je ne voyais aucune raison pour ses ministres de le faire.

Devant mon désarroi, mon amoureux, diplômé d’Histoire, a fini par pointer du doigt certains jalons fondateurs de son pays, expliquant selon lui cette vision de l’ethnie :

  • La Nouvelle-Zélande s’est construite comme terre d’accueil, d’abord pour le peuple maori vers 1300, puis pour les colons européens (en maori : Pakeha). Ces deux sociétés, même au plus sanglant de leurs différends territoriaux, ont toujours interagi. Pour controversé qu’il soit, le traité de Waitangi reconnaissant la coexistence sur le même sol des Maori et Pakeha est d’ailleurs considéré comme le traité fondateur du pays.
    Résultat : la diversité est au cœur de la culture néo-zélandaise, de plus en plus acceptée et valorisée. Collecter des données ethniques est naturel et revient pour eux à mesurer à quel point cette richesse est incluse dans chaque aspect du pays. 
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Un exemple de célébration de la diversité culturelle : les marae (bâtiments traditionnels) maori sont préservés et utilisés sur tout le territoire. 

Voilà qui expliquait beaucoup de choses. Inspirée par cette nouvelle perspective, j’ai rassemblé mes souvenirs du lycée afin d’étoffer la théorie de Monsieur Kowhai :

  • La France a fait de gros efforts d’uniformisation après 1870 afin d’acquérir stabilité politique et union nationale, vision qui a traversé les générations et les frontières. Pour ne pas citer l’assimilation coloniale dont tu as probablement déjà entendu parler, la IIIème République et son école obligatoire ont ainsi fait beaucoup pour pousser jusqu’à la quasi extinction les patois régionaux.
    Résultat : pour un Français, l’ethnie n’a aucune valeur en tant qu’indicateur car « nous sommes tous français ». Elle ne pourrait servir qu’à classer les « races », chose inacceptable. 

Cette théorie personnelle explique par un cheminement historique assez plausible pourquoi il est naturel en Nouvelle-Zélande de récolter des informations ethniques, et pourquoi en tant que Française, je suis si scandalisée.

Avec la compréhension vient l’apaisement : au lieu de me mettre en colère lorsque je croise ces QCM problématiques au détour d’un formulaire, je me contente maintenant de sauter la question, ou de suggérer poliment mon désaccord en répondant par l’absurde (« autre : Licorne », non souligné).

Tu le vois, ces fiançailles ont donc été très bénéfiques à notre cheminement intérieur pour comprendre et accepter les particularités culturelles de l’autre. Malheureusement, parce que l’amour et la tolérance ne font pas tout, je continue de lever les yeux au ciel lorsque je vois sortir du four une pizza aux spaghettis.

Peut-être que quelques années de mariage m’aideront sur ce point !

Et toi ? Es-tu dans une relation mixte ? As-tu d’autres astuces pour composer avec les différences culturelles de ta moitié ou de tes proches ? Dis-moi !

Je suis Mademoiselle Fantail et j'épouse Monsieur Kowhai en Octobre et Décembre 2018, en France puis en (roulement de tambour)... Nouvelle-Zélande ! Nous sommes un couple international qui aime n'en faire qu'à sa tête, alors nous prévoyons deux cérémonies simples que nous espérons pleines de bonne humeur. A bientôt pour te raconter nos péripéties aux antipodes !

Commentaires

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    Madame Parenthèses
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    24 juillet 2018

    Vraiment très très intéressant cet article !!! Tu nous apprends des choses sur la Nouvelle-Zélande que j’ignorais, mais je suis contente d’avoir ces mini-clés ! Comme nous partons là-bas en voyage de noces, je pense qu’il vaut mieux être au courant de ces choses, pour ne pas risquer de faire des remarques inappropriées pour les locaux (je pense particulièrement à la pizza aux spaghettis, qui m’aurait sûrement fait recracher mon jus de kiwi par les narines si je l’avais vue passer devant moi sans être préparée psychologiquement).
    Ce qui est chouette, c’est que M. Kowhai et toi soyez sur la même longueur d’ondes en matière de communication ! On nous répète sans arrêt que c’est l’essentiel pour le couple, mais je vois bien que c’est d’autant plus important quand nos références ne sont pas les mêmes.

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    Madame Impatiente
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    24 juillet 2018

    Vraiment très intéressant cet article Mlle Fantail ! Et toujours aussi bien écrit et plein d’humour 😀
    C’est vrai que la différence de culture peut vraiment être compliquée à gérer dans un couple, mais vous avez l’air de gérer ça d’une main de maître ! Félicitations !!

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    Madame Québec
    Répondre
    24 juillet 2018

    Article très intéressant qui exprime bien la différence de cultures! 🙂
    Je suis aussi passée par là (car quoique très proches, les cultures française et québécoise ont aussi leurs différences! 😛 ), que ce soit au niveau du déroulement du mariage (pas de mairie ici avant un mariage religieux, tout se fait à l’église, même la partie civile), des préparatifs ou même dans la vie de tous les jours! En effet, il n’est pas rare que nous ayons des points de vue totalement différents sur certaines choses, et je ne compte plus les fois où j’aurais eu envie d’envoyer balader mon chéri (en plus de toutes celles où je l’ai fait. Mea Culpa.)

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    Madame Chat Potté
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    24 juillet 2018

    Ah mademoiselle Fantail, j’étais déjà sous le charme de l’esprit de votre mariage et de ton humour mais maintenant je suis une fan absolue en découvrant que M. Kowhai est diplômé d’histoire… Comme moi….
    Vraiment très intéressant cette découverte de la culture néo-zélandaise à propos du mariage. Merci !

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    Mademoiselle Claddagh
    Répondre
    24 juillet 2018

    Comme tu peux t’en douter, j’adore cet article, et j’ai appris plein de choses ! La pizza aux spaghettis…. moi c’est les lasagnes accompagnés de frites qui m’exaspèrent !

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        Agnès
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        25 juillet 2018

        Pourtant le sandwich aux chips c’est super bon (et je suis française). Ca apporte un petit croquant au sandwich et une touche de salé. Quand je peux, je le fais mais j’évite quand même avec le chèvre ou le jambon de pays =)

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    Madame Gezillig
    Répondre
    25 juillet 2018

    Article super intéressant ! Et ça me rappelle des souvenirs, j’avais un peu été choquée que l’amoureux me demande quelles étaient mes convictions politiques et religieuses alors qu’on était ensemble depuis genre une semaine XD

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    Mademoiselle Saphir
    Répondre
    25 juillet 2018

    Joli article, Mlle Fantail, tout en humour et en culture G, tout comme j’aime 🙂
    A sa lecture, je me suis interrogée : est-ce si compliqué d’apprendre à communiquer au sein d’un couple lorsque l’on provient de cultures différentes ? Tu réponds plus haut très justement : la culture, l’éducation, voire la différence d’âge sont plein d’autres facteurs qui compléxifie les échanges, et demande au couple de faire encore plus d’effort. Et puis, au delà de la culture, il y a la langue, j’imagine : que de quiproquos doivent arriver alors que l’autre a compris autre chose, littéralement…! Cela arrive déjà entre français, je n’ose même pas imaginer en un francophone et un anglophone…
    Chez nous, c’est nos 10 ans d’écart qui créent parfois un petit fossé. Un jour où l’on travaillait sur la playlist, M. Golf m’a sorti plein de tubes INDISPENSABLES à caser dans la soirée, ceux de ses années lycée, alors que de mon côté, je n’avais pas 7 ans. Mes références s’arrêtaient au Spice Girls ! Un bon moment de rigolade … après coup 😉

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    Madame Québec
    Répondre
    25 juillet 2018

    La fameuse playlist, hihi! Chéri et moi avons 5 ans et quelques de différence, il est de 71 et moi de 76. Il est Français, je suis Québécoise alors nous étions loin d’avoir les mêmes références culturelles, mais parfois elles se rejoignaient! Ainsi, Téléphone s’est mélangé avec du Wham et de bons vieux rock des années 70 ont côtoyé La Compagnie Créole (ça cartonne dans les mariages ici!) et autres…j’avais peur de la réaction des invités car on veut toujours plaire à tout le monde mais finalement la piste de dans n’a pas dérougi de la soirée! 😀

    Et pour pousser plus loin côté éducation et différence d’âge, mon mari a été élevé très « Vieille France » comme il dit, mon beau-père a 87 ans, il est plus âgé que ma grand-mère (mon papa en a 63, soit à peine plus que mon beau-frère qui a 56 ans! 😮 ), alors quand ton mari a reçu une éducation digne de celle de ton père, ça crée des mésententes générationnelles parfois, en plus des mésententes culturelles :p

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