La culpabilité de faire un mariage différent

Tu veux un mariage un tantinet différent ? Tu es bien partie… pour culpabiliser !

Ohmondieu, Mademoiselle Fantail vire au putaclic ?

Pas du tout !

J’étais déjà putaclic avant, si tu te rappelles bien.

Il me paraît simplement important de revenir avec toi sur une culpabilité latente qui m’a hantée une bonne partie de mes préparatifs. Car vois-tu, j’avais avec Monsieur Kowhai certaines envies nuptiales « atypiques », que je n’ai retrouvées nulle part dans la littérature mariagesque, les films ou les émissions télé.

J’ai vraiment eu l’impression qu’on ne me proposait qu’une seule vision du mariage dans tous les médias « mainstream ».

La culpabilité de faire un mariage différent

Crédits photo (creative commons) : loveismovie

Le mariage de Rat à Zèbre* selon toute la littérature jamais imprimée

*à dire d’une voix lugubre à faire frémir Bob Razowski.

(Note : je base cette liste sur beaucoup de lectures et films, mais mes sic viennent tous d’un livre dont je tairai le titre, qu’il me paraît intéressant de citer, car il se veut « décomplexé ». Ce qui ne l’empêche pas de tenir un discours insidieusement directif sur ce que DOIT être un mariage…)

1. 100% des couples rêvent d’un mariage parfait (sic)

Ce qui implique qu’un mariage « imparfait » existe, et que son spectre plane sur 100% des couples. Pauvre France…

2. Les préparatifs sont une période magique dont tu te DOIS de te remémorer chaque minute avec joie (presque-sic)

Y compris la minute où tu étais en galère de salle (de faire-part, de robe, de chaussures) ?

3. Ton mariage, c’est ta journée de princesse. Tu te DOIS d’être au top physique de la beauté, tu ne seras plus jamais belle comme ça. D’ailleurs, « une mariée veut toujours perdre quelques kilos avant le jour J ! » (sic)

On répète avec moi : ce n’est pas un livre à la couverture plastifiée pleine de traces d’ongles qui va me mettre au régime. Ce n’est pas un livre à la couverture…

4. Il faut respecter la tradition. Exemple : Il DOIT y avoir des fiançailles. Tu DOIS lancer ton bouquet à la fin. Monsieur DOIT financer les alliances (sic). Tu DOIS aller à l’église.

Petite parenthèse sur la représentation en général : voilà deux beaux exemples parmi tant d’autres où des minorités sont mises de côté par ces conseils bien intentionnés.

Si on est un couple de deux femmes ou de deux hommes, par exemple, il n’y a plus de portefeuille désigné d’office, donc qui DOIT payer les alliances ?

Et si l’on me serine que je DOIS aller à l’église, on part également du postulat que je suis catholique. Du coup, si je fais partie des 35% de français non catholiques, ou des 57% de catholiques se déclarant « non pratiquants » (source : Ifop 2010), je DOIS vraiment faire acte de présence à une cérémonie à laquelle je ne crois pas ?

5. Ce jour DOIT être un conte de fées qui changera ta vie et te mènera à la félicité éternelle !

Ce qui implique de fournir un cadre enchanteur, un repas qui régalera les papilles (« Vos invités […] seront intraitables. » – sic) et d’engager un DJ pour fournir des animations professionnelles (« Tu DOIS engager un DJ. » – presque sic, le livre ne nous tutoie pas, mais le verbe « devoir » y est).

6. Etc. etc.

La liste serait encore longue…

Le problème de la représentation unique

Si je me sens mise mal à l’aise par tout ce que propose ce livre bouc-émissaire (qui n’a pas eu de bol que je tombe sur lui, car il est finalement très représentatif du genre), ce n’est pas à cause du narratif ultra-codifié qu’il présente. Je suis bien consciente qu’une majorité de couples adhèrent aux traditions, au conte de fées, veulent être heureux et beaux. C’est une très bonne chose.

(Ce n’est pas pour rien que leur vision est validée par Meilleures ennemies, Say Yes to the Dress, Revanche en Prada, et tous les films Disney jamais parus où le personnage principal trouve l’homme/la femme/la grenouille de sa vie.)

Alors bien sûr que si tu veux un mariage enchanteur, qui soit le symbole de l’amour fou que tu portes à cet homme (cette femme, cette grenouille) :

  • tu es totalement légitime à vouloir un très, très joli jour,
  • et je te souhaite une journée de princesse (prince, grenouille).
La culpabilité de faire un mariage différent

Crédits photo (creative commons) : PublicDomainPictures

Le problème, c’est que ce n’est pas le seul type de mariage que tu puisses désirer, mais c’est le seul qui t’est présenté comme une option viable dans les médias. Cette représentation unique du mariage, tout le temps, partout, influence l’inconscient collectif et peut finir par ronger les certitudes que tu as sur tes propres goûts :

  • Parfois, par instinct grégaire, tu te dis que tout le monde est différent de toi, et donc que tu es le problème.
  • Parfois, tes proches bien intentionnés qui ont absorbé la même pop culture que toi te demandent d’où te viennent tes idées extravagantes.

Dans tous les cas, tu te sens un peu fautive de ne pas être dans la norme.

La solution : continuer à lire… en ligne !

Cette culpabilité latente m’a titillée dans certains choix, comme ma bague de fiançailles atypique, notre envie d’un mariage en deux temps et dans deux pays, le petit comité, l’absence de soirée dansante… Crois-moi, quand tu as répété haut et fort que tu n’avais aucun besoin d’un DJ et que tu lis partout que sans, l’ambiance sera pourrie, ça effraie, et pas qu’un peu.

Et puis, sans modèles de mariages différents, je ne pouvais m’empêcher de me dire que je n’organisais pas un « vrai » mariage, mais plutôt le boss final des goûters d’anniversaire.

La culpabilité de faire un mariage différent

Crédits photo (creative commons) : sever111

En avant-première, la photo du groom

Fort heureusement, il m’a suffi de creuser un peu pour me rendre compte que si le mythe du mariage de conte de fées a la vie dure dans les films, la télé et les livres papier, de nombreux sites Internet éclosent pour se faire les avocats du « mariage qui nous ressemble ».

Pardi, le site sur lequel tu me lis, bien sûr, mais pas que.

Alors mon conseil pour toi, bride qui te sens incriminée car tu ne veux pas d’une robe de princesse ? Prospecte Internet pour trouver des couples à qui t’identifier (il y en a forcément !), documente-toi, regarde des photos d’inspiration atypiques

Et fais-toi un petit shoot occasionnel de Say Yes to the Dress pour assouvir ton besoin primal de rigolade.

Et toi ? As-tu perçu cette pression autour de toi dans tes préparatifs, ou te sens-tu au contraire comme un poisson dans l’eau ? As-tu l’adresse d’un bon psy pour que je soigne mon évidente paranoïa mariagesque ? Dis-le-moi en commentaire !

Je suis Mademoiselle Fantail et j'épouse Monsieur Kowhai en Octobre et Décembre 2018, en France puis en (roulement de tambour)... Nouvelle-Zélande ! Nous sommes un couple international qui aime n'en faire qu'à sa tête, alors nous prévoyons deux cérémonies simples que nous espérons pleines de bonne humeur. A bientôt pour te raconter nos péripéties aux antipodes !

Commentaires

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    Monade
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    12 juin 2018

    Je comprends bien ce que tu veux dire! Nous ne faisons pas un mariage très différent de ce qui se lit dans la blogosphère et quand on est addict comme moi on a tendance à oublier que tout le monde n’a pas la même « culture » du mariage. Les invités ne comprennent pas toujours ce qui peut amener à une certaine forme de culpabilisation…
    Je trouve ça très constructif de pouvoir faire le point avec son fiancé sur ce qui est important ou non et de s’y tenir. C’est une bonne préparation pour la future vie commune je trouve ^^ (pardon pour le pavé).

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    Véronique
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    12 juin 2018

    Ah ah ah ! Article génial ! Tu m’a bien fait rire. Moi aussi, j’avais eu mes moments de doute, où je me disais que les invités n’allaient pas aimer… Et puis une collègue m’a dit un jour à peu près les phrases suivantes : On te connait, on sait que tu ne fais pas les choses comme tout le monde, alors les invités s’attendent à découvrir des trucs surprenants. Mais si tu faisais quelque chose d’habituel, on se dirait que ce n’est pas toi et ça n’irait pas. Ses propos m’avaient bien aidé. Alors oui, foncez et faites ce qui vous corresponds… vous pouvez même organiser un bal costumé… avec des grenouilles !!!!!!

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    Anaïs
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    12 juin 2018

    Hum le lien vers l' »excellent article » ne s’ouvre pas chez moi est-ce que moi qui ne suive pas ou un soucis de redirection ?
    C’est vrai que c’est bien de voir les choses un peu autrement et de se laisser guider par nos goûts et non par tout ce qui serait politiquement soit disant correct de faire !!

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      Mademoiselle Claddagh
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      12 juin 2018

      Il n’a pas l’air de fonctionner non, je l’ai trouvé sur Pinterest mais le lien ne marche pas non plus !

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    Mademoiselle Claddagh
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    12 juin 2018

    Tu as tellement raison, merci pour cette chronique !!
    A plusieurs moments dans les préparatifs, je me suis fait des réflexions du type : « Oh tiens, il nous faut un candy bar ! ». Euh non, Melle Claddagh, je te rappelle que tu n’aimes pas trop les bonbons, alors pourquoi avoir un candy bar à ton mariage alors que ca ne te ressemble pas ? Pareil avec le photobooth, j’ai commencé à chercher différentes options, avant de me dire, avec Mr Claddagh, qu’en fait, on s’en fichait complètement d’avoir un photobooth. Alors oui, on veut un mariage le plus parfait possible, et passer une magnifique journée, mais pas avoir un mariage copié collé des derniers trucs à la mode ! (même s’il y a des choses qu’on a choisi d’avoir, parce qu’elles nous correspondent, et que tout n’est pas à jeter dans les idées du mariage parfait ahah)

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        Mademoiselle Claddagh
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        13 juin 2018

        Je trouvais les polaraïds sympas, jusqu’à ce que je cherche le prix, et que je me dise qu’il en faudrait plus d’un pour 150 invités ahah ! Tout est à adapter / adopter ou non !

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    Morgane
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    12 juin 2018

    Comme je te comprends ! Nous avons décidé de ne pas nous plier aux conventions pour faire un mariage qui nous ressemble. Pas de photos de couple, mais un photographe (un pote) qui fait d’habitudes des photos de concerts pour capter les bons moments et l’ambiance plutôt que nos têtes, une playlist avec du punk et du rap (entre autres !), un buffet autogéré avec des équipes tirées au sort pour le ravitaillement, pas de « vin d’honneur » mais un apéro avec des bonnes bières pression, des potes plutôt que de la famille qu’on ne voit jamais… bref un maître mot, en profiter !

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    Mademoiselle Saphir
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    13 juin 2018

    Tu m’a bien fais rire avec tes extraits de livre (c’est tellement ça !) et tes grenouilles, Mlle Fantail 😀
    Je ne peux qu’adhérer à ton analyse. On lis, on entends partout « faites un mariage qui VOUS ressemble ». Dans les faits, il y a toujours quelqu’un pour trouver farfelues tes idées de bride qui-ne-veut-pas-faire-comme-tout-le-monde.
    L’entourage réagit parfois en fonction de sa propre « carte du monde », son expérience, sans même s’interroger sur ce qui vous ressemblent à VOUS les mariés ; cela peut être vexant, car on peut rapidement penser : « nous connaissent-il si mal ? », alors qu’en réalité, ils sont influencés par l’image bien ancrée qu’ils se font d’un Mariage.
    Faire les choses car elles ont un sens pour nous, là est l’essentiel !

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    Mademoiselle Chaton
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    13 juin 2018

    Ahahah, moi aussi tu m’as bien fait rire. C’est vrai que les clichés mariage ont la dent dure! Difficile de déroger à certaines « règles » que la société semble nous imposer. Et j’avoue que sur certains points je ne me suis même pas posé la question, comme tu dis le Dj par exemple (bon même si nous ce sera un groupe)… En tout cas c’est une belle réflexion sur le mariage et j’ai hâte de lire la suite de tes chroniques Mlle Fantail ! 🙂

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    15 juin 2018

    Il y a le site offbeatbride qui est super egalement pour Les mariages hors des sentiers battus…

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    Julie
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    15 juin 2018

    Quel article intéressant! J’ai eu beaucoup de plaisir à le lire. Je suis d’accord avec toi quand tu dis que dans la tête de tout le monde, ce qui reste convenu comme étant un mariage, c’est la formule mairie + église+ vin d’honneur + dîner gastronomique + soirée dansante. Le tout devant être bien sûr élégant, raffiné et rester dans toutes les mémoires. Comme toi, ça me met très mal à l’aise: le problème c’est que cette norme (entretenue par la filmographie nord-américaine) occulte le « mariage » en tant qu’engagement et choix de vie, pour ne montrer que la noce. J’ajouterais plusieurs choses:
    L’engouement actuel pour le mariage, nourri par les blogs et les sites (de très haute qualité soit dit en passant) sous couvert de mariage « à votre image », reste finalement dans les habitudes bien ancrées: cérémonie, puis repas avec des invités nombreux, puis soirée dansante, le tout dans une ambiance faussement spontanée puisque les mariages qu’on voit dans les blogs sont magnifiquement travaillés, décorés et mis en scène. Et bizarrement, dès qu’on lit « mariage différent/ qui vous ressemble » c’est directement associé à … là cérémonie laïque!
    Ce que tu dis à propos du mariage religieux est assez juste. Mais moi j’ai aussi remarqué un effet miroir: dans la mentalité de tout le monde, mariage à l’église égale mariage traditionnel/ grand mariage. Nous avons fait le choix du sacrement du mariage, pas choix spirituel, mais partout sur les blogs, et aussi avec ma belle famille, j’ai eu l’impression que c’était pas normal de vouloir faire un mariage différent (au niveau du repas, de la soirée., de la robe de mariée… ou de leur absence) quand on allait à l’église. Dur d’assumer ses choix!
    Idéalement, nous aurions aimé ne pas faire de « noce », mais juste un gros apéro avec nos amis et témoins après l’église. Dur de s’en affranchir, de décevoir sa (belle) famille… Nous sommes quand même sortis des normes des mariages « traditionnel » , nous nous sommes inspirés des tendances natures et relax à l’honneur sur les blogs (food truck, robe vintage, repas en plein air, goûter fait maison en guise de VH, soirée dansante sans DJ pro, déco à base des fleurs du jardin…) mais mine de rien on a quand même gardé un cadre classique (repas et soirée, en invitant les familles, etc)
    Et dernier truc… J’ai remarqué que la plus grosse pression ne vient pas des plus anciens, mais des gens de notre âge! Très nourris de cet imaginaire autour du mariage sans doute, et très au fait des tendance! L’idée que le mariage doit être une journée inoubliable est assez récente. A l’inverse, mes grands parents qui se sont mariés peu après la guerre, avec leur tenue « du dimanche », repas à la maison cuisiné par la maman des mariés et avec une dizaine d’invités… 63 ans de bonheur plus tard, m’ont dit que la réception ne devait pas être une priorité, et que le plus simple était le mieux! Le bonheur n’est pas là 🙂

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    Mlle couture
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    9 août 2018

    Que j’ai ri devant Say yes to the dress!!! Je ne connaissais pas, je suis allée chercher. Et j’ai ri! Merci pour ce moment de détente dans mes angoisses de toute récente bride to be. 😘

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